Les ONG forcées de quitter le Darfour en décembre s'inquiètent du "chaos"

Publié le par Le Blog du MRAP Fédération de Moselle



Un article de Catherine Simon, quotidien Le Monde  05.01.2007
   
 Tabassages et coups de crosse, simulacres d'exécution, viols, pillages et destructions : c'est ce qu'ont subi, durant la nuit du 18 au 19 décembre, les personnels des associations humanitaires étrangères, basées à Gereida, dans le sud de la province soudanaise du Darfour.

A la suite de cette attaque, première du genre dans cette localité tenue par les rebelles de l'Armée de libération du Soudan (SLA), "toutes les ONG ont évacué leurs équipes", confirme-t-on à Paris, de source humanitaire. Au total 71 personnes, selon l'ONU, qui avait en décembre dénoncé "un coup très dur" porté aux efforts humanitaires au Darfour, avaient été évacuées par avion vers Nyala, capitale du sud du Darfour, puis vers Khartoum, avant d'être rapatriées.

Seule une partie du personnel du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), soit une petite centaine de contractuels locaux et dix expatriés, a choisi de demeurer sur place. Le CICR est l'unique organisation qui n'a pas été prise pour cible par les assaillants - à l'exception d'une résidence visée, semble-t-il, "par erreur", car située à côté du camp d'Action contre la faim (ACF).

Les employés français d'ACF, comme leurs homologues britanniques d'Oxfam, ont été, en revanche, les victimes d'un déchaînement de violence inouï, que "rien ne laissait présager". Les premiers assuraient depuis des mois, dans des conditions très dures, la distribution de l'aide alimentaire aux déplacés. Les seconds, à Gereida depuis bientôt trois ans, s'occupaient d'apporter l'eau potable, grâce à l'installation de pompes électriques, aux quelque 130 000 rescapés de la guerre, agglutinés autour de la ville (autrefois peuplée de 30 000 à 40 000 habitants).

Malgré la présence du CICR, qui "assure le minimum" en termes de nutrition et de soins médicaux, l'avenir des déplacés de Gereida semble gravement menacé. La dernière distribution d'aide alimentaire, prévue pour durer un mois, a été faite trois jours avant l'attaque. "A présent, ils n'ont plus rien", commente-t-on à Paris.

Les soldats de l'Union africaine (UA), retranchés dans leur campement, à côté de la piste d'atterrissage, ne sont pas intervenus durant l'attaque. "Ils ont aidé à transporter les victimes jusqu'à l'avion", rapporte-t-on. Quant aux autorités gouvernementales soudanaises, à Nyala comme à Khartoum, elles n'ont pas réagi à l'annonce du drame. Pas plus que le SLA, miné par les querelles internes et transformé en nébuleuse de bandes armées.

L'attaque contre les ONG de Gereida est une "étape de plus dans la plongée vers le chaos", estime un humanitaire. Car c'est dans toute la province que la situation semble empirer. Durant le mois de décembre, suite à des incidents ou à des attaques, environ 400 employés d'ONG étrangères ont dû être évacués, notamment de la ville d'El Fasher, après que des "milices arabes" ont fait leur apparition dans la capitale du nord du Darfour, signale-t-on de source onusienne. A Kutum, plus au nord, "plus aucun expatrié" n'est présent, pas même du CICR.

"Chaque jour au Darfour, des gens se font tabasser et violer. La question pour les ONG, c'est de savoir si, dans ces conditions, il est encore possible de travailler", s'interroge un humanitaire.

A Paris, les responsables d'ACF, qui avaient dénoncé en décembre une attaque "extrêmement grave" et "inadmissible" mais étaient restés volontairement discrets sur les événements, se réservent la possibilité de s'exprimer, dans les jours qui viennent, sans doute aux côtés d'autres organisations humanitaires.

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