Traite des Noirs : pour Blair, des regrets mais pas d'excuses

Publié le par Le Blog du MRAP Fédération de Moselle

Revue de presse de Hamdam Mostafavi dans Courrier International.

   Le Premier ministre britannique a exprimé lundi 27 novembre ses regrets sur le rôle du Royaume-Uni dans le commerce triangulaire, mais il n'a pas prévu d'excuses dans la condamnation officielle qu'il présente cette semaine au Parlement en vue des commémorations du bicentenaire de l'abolition de mars 1807. La presse britannique commente.
   
"Tony Blair est maudit s'il s'excuse et maudit s'il ne s'excuse pas", annonce The Independent. Alors que le Royaume-Uni prépare les commémorations, qui auront lieu au printemps prochain, de l'abolition en 1807 de la traite des Noirs, le Premier ministre britannique exprime dans un article publié dans The New Nation, journal de la communauté noire britannique, sa "profonde tristesse" au sujet du rôle de son pays dans le commerce triangulaire.

Il soumettra cette semaine au Parlement un projet de condamnation officielle de la traite. Mais Tony Blair ne propose pas d'excuses formelles. Pourtant, The Independent rappelle que les Britanniques se sont excusés à de nombreuses reprises au sujet de crimes du passé. En 1997, Tony Blair demandait pardon pour la négligence des autorités britanniques face à la grande famine d'Irlande. En 1995, la reine Elisabeth II présentait des excuses officielles à la plus grande tribu Maori de Nouvelle-Zélande pour la dévastation de ses terres au XIXe siècle.

"Il ne fait aucun doute que le rôle central du Royaume-Uni dans la traite des Noirs est un sujet de honte. Etant donné que notre prospérité s'est bâtie sur ce trafic, le débat est légitime", affirme The Independent. Le quotidien approuve la décision du Premier ministre britannique de ne pas formuler d'excuses officielles. "Le texte de M. Blair offre une chance de réfléchir à ce qu'ont infligé nos prédécesseurs à leurs contemporains, et aussi à la force morale qui a permis à William Wilberforce et les autres abolitionnistes d'amener leur cause à la victoire. C'est une leçon pour nous tous", estime le quotidien britannique.

"Tony Blair n'est pas avocat pour rien", ironise The Daily Telegraph. "La 'profonde tristesse' est une jolie expression de sympathie envers les 11 millions d'infortunés transportés d'Afrique vers les plantations du Nouveau Monde, mais ce n'est en rien la reconnaissance d'une culpabilité héréditaire", affirme le quotidien britannique.

"Cette anniversaire nous rappelle que le Royaume-Uni a été à la fois un bénéficiaire de la traite et à la pointe de l'abolition." En 1807, après vingt ans de lobbying, la traite des Noirs fut en effet abolie dans les colonies britanniques. Les Etats-Unis suivirent en 1808. En 1833, l'esclavage était aboli dans tout l'Empire britannique. Il faudra attendre 1848 pour une abolition définitive en France et 1865 aux Etats-Unis. "Beaucoup partagent cette honte avec nous. Les Portugais ont commencé dès le XVe siècle, suivis de près par les Espagnols. Les Hollandais étaient aussi enthousiastes. Et que dire des Arabes, qui historiquement sont à l'origine de la traite des esclaves ?" note le quotidien britannique.

Un avis que partage The Observer. "Pourquoi devrions-nous être les seuls à faire amende honorable ?", s'interroge ce supplément dominical du Guardian. "Au XVIIIe siècle, la traite des Noirs s'est intensifiée à la fois en quantité et en barbarie. Et le Royaume-Uni, avec sa vaste flotte marchande, son esprit d'entreprise et son empire qui ne cessait de s'agrandir, a été au cœur de cette intensification", reconnaît le journal. Mais "les marchands arabes, les Portugais et les Français avaient commencé bien avant les Britanniques".

"Le 200e anniversaire est autant un moment de fierté que de culpabilité. La complexité du processus d'abolition fait que les excuses que Tony Blair avait formulées pour la grande famine irlandaise ne sont pas adaptées à ce cas. Les commémorations à venir doivent aller au-delà de simples déclarations ministérielles. Elles doivent impliquer toute la société, Blancs et Noirs", et pousser les Britanniques à "s'interroger sur l'impact global de la traite des Noirs", estime The Observer.




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