Belgique : trois couples flamands refusent d'être mariés par l'échevin noir

Publié le par Le Blog du MRAP Fédération de Moselle

   
  Il s'appelle Wouter Van Bellingen, un nom bien flamand. Il parle le néerlandais. Il a été élu dans le Limbourg sur la liste du parti Spirit, une petite formation nationaliste de gauche qui réclame plus d'autonomie pour la Flandre dans le cadre de l'Etat fédéral belge. Trois couples ont toutefois refusé que le jeune échevin - adjoint au maire - de la ville de Saint-Nicolas les marie. Parce que Wouter Van Bellingen est noir.

Le principal intéressé ne se dit pas réellement étonné : "Le racisme est choquant, mais c'est une réalité." Décidé, souriant, il a appris, dit-il, à ne plus se soucier des "ouh, ouh, ouh" que lui lancent parfois des passants. Il s'amuse d'avoir "toujours plus de place que les autres dans les trains". Il ne s'attarde pas à cet autre incident : un jour qu'il ramenait à une dame le sac qu'elle avait oublié sur une banquette, il l'entendit demander à son mari si elle devait lui donner un pourboire. Et il encaissa surtout le commentaire d'un voisin : "Vous avez bien de la chance, parce que, d'habitude, ils retournent chez eux avec vos affaires."

Adopté, comme ses trois frères et soeurs, le jeune politique, premier élu noir de Flandre a, dit-il, senti monter le racisme au fil des années. "Au début, quand ma famille bigarrée sortait, les gens s'amusaient. Ensuite, certains ne nous voyaient plus que comme des "étrangers"."

Si cet ancien chef scout devenu fonctionnaire dans les services municipaux de la jeunesse a finalement accepté d'entrer dans un parti politique, c'est, dit-il, "pour offrir un monde meilleur à ses deux enfants". "Un terrible cliché, mais une vérité..."

Témoignages de sympathie


Depuis que le journal De Morgen a révélé, jeudi 1er février, sa mésaventure, les témoignages de sympathie pleuvent. Sa famille est inondée de fleurs, d'appels téléphoniques, de cartes postales. "Je ne m'attendais pas à autant de marques de sympathie, mais j'aurais préféré ne pas apparaître dans l'actualité comme le pauvre allochtone victime du racisme."

A Saint-Nicolas, l'extrême droite xénophobe a engrangé 25 % des voix aux dernières élections municipales. Le bourgmestre (maire) socialiste Freddy Willockx, affirme toutefois que sa ville est "l'une des plus progressistes de Flandre" et que "pour 90 % des habitants, la couleur de la peau n'a aucune importance". M. Willockx a assuré son adjoint de son soutien. En charge de la jeunesse, du développement durable et de l'état civil, Wouter Van Bellingen continuera à célébrer les mariages.

Le jeune élu rit en égrainant les trois options qui s'offrent à ceux qui n'aiment pas la couleur de sa peau : "Déménager, attendre six ans ou changer d'avis, parce que moi, je n'aurai aucun problème à les marier quand même."

Le Centre pour l'égalité des chances, un organisme parapublic de lutte contre le racisme, va se pencher sur l'affaire. Mais Wouter Van Bellingen refuse toute "chasse aux sorcières" : "N'ajoutons pas aux frustrations de ces gens."

Un article de Jean-Pierre Stroobants, Le Monde, 05.02.2007
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Publié dans Discrimination

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