Peine de mort en Libye pour les infirmières bulgares et le médecin palestinien

Publié le par Le Blog du MRAP Fédération de Moselle



 Cinq infirmières bulgares et un médecin palestinien détenus depuis sept ans en Libye sous l'accusation d'avoir délibérément inoculé le sida à 400 enfants ont été condamnés à mort mardi, un verdict qui a provoqué l'indignation en Europe. L'Union européenne et la communauté scientifique estiment depuis le début de l'affaire que les accusés sont innocents, et que ce sont les conditions d'hygiène de l'hopital de Benghazi (nord de la Libye) qui sont la cause de l'épidémie.

Les défenseurs des condamnés ont immédiatement annoncé qu'ils feraient appel devant la Cour suprême, une procédure de toute façon automatique, a précisé le ministre libyen des Affaires étrangères, Abdelrahmane Chalgham. Le ministre de la Justice, Ali al-Hasnaoui, a expliqué que "la justice libyenne offrait aux condamnés à mort la possibilité d'une révision complète de l'affaire". "La Cour suprême peut modifier, réduire ou annuler le verdict", a-t-il ajouté.

Les cinq infirmières, Kristiana Valtcheva, 48 ans, Nassia Nenova, 40 ans, Valia Tcherveniachka, 55 ans, Valentina Siropoulo, 48 ans, et Snejana Dimitrova, 54 ans, ainsi que le médecin, Ashraf Ahmad Juma, avaient déjà été condamnés à mort en mai 2004 dans un procès annulé par la Cour suprême. Mardi, des sanglots ont éclaté parmi eux à l'énoncé de la sentence, qui ne précise pas comment doit être appliquée la peine. En Libye les condamnés à mort sont exécutés par balle ou par pendaison.

"Le procès n'est pas équitable car il ne prend pas en considération les rapports internationaux et les avis d'experts" sur l'apparition et la propagation du virus à l'hopital, a déclaré à l'AFP Ivan Paneff, d'Avocats Sans Frontières.

Lors de la dernière audience, le 4 novembre, les accusés, incarcérés depuis février 1999, avaient de nouveau clamé leur innocence. La défense avait demandé à inclure dans le dossier le fait qu'ils avaient subi des tortures, ainsi qu'un rapport d'experts selon lequel ce sont les mauvaises conditions d'hygiène qui ont été la cause de l'épidémie de sida dans l'hôpital de Benghazi.

Le 31 octobre, l'avocat du médecin palestinien avait expliqué que de nombreux Libyens se faisaient soigner à l'étranger en raison des piètres conditions dans les hôpitaux du pays.

La communauté scientifique s'est également mobilisée pour conclure que l'apparition du virus remontait à 1997, avant l'arrivée en Libye des six soignants étrangers, et avait été provoquée par de mauvaises conditions d'hygiène.

Plusieurs pays, dont la France et les Etats-Unis, tentent depuis des mois d'obtenir l'élargissement des six accusés. En décembre 2005, la Bulgarie, en partenariat avec l'UE, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, a constitué un fonds international pour aider la Libye à combattre le sida, assurer la mise aux normes de l'hôpital de Benghazi et dédommager les victimes ou leurs familles.

Source AFP


Témoignage du Professeur Luc Montagnier
Par Eric Favereau. LIBERATION.FR : mardi 19 décembre 2006

Le professeur Luc Montagnier, à l’origine de l’identification du virus du sida en mai 1983, avait été sollicité en 2003 par les autorités libyennes sur le dossier des infirmières bulgares. Il avait rendu un rapport les dédouanant complètement.

Pour vous, dans le dossier il n’y a aucun doute: elles sont innocentes ?

Il n’y a aucun doute sur le fait que personne n’a voulu infecter volontairement ces enfants. Qu’est-ce qui s’est produit ? Comment cela s’est-il produit? Nous n’avons pas toutes les informations. Lorsque nous avons été conduits à faire cette expertise – à la demande des autorités libyennes –, il nous est apparu très clairement qu’il y avait des manques graves d’hygiènes dans les hôpitaux concernés, et surtout qu’il y avait une méconnaissance du virus et de l’épidémie. Beaucoup ne savaient pas que ce virus était très contagieux chez les enfants, comme on le voit par exemple dans l’allaitement maternel où il suffit de peu de virus pour que le nourrisson soit infecté.

Comment avez-vous travaillé ?

Nous avons fait plusieurs missions. Nous avons fait des analyses virologiques et interrogé le personnel. Nous avons observé que s’il y a des médecins bien formés, des ignorances demeuraient. Ainsi des enfants contaminés étaient hospitalisés à côté d’autres qui ne l’étaient pas. Des tubes de sang traînaient un peu partout. Et puis, ce n’était pas la première fois que l’on assistait à des épidémies nosocomiales, liées à des hôpitaux et à des mauvaises pratiques. On l’avait vu en Russie. Et pour nous, c’était l’hypothèse la plus probable. En septembre 2003, lorsque j’ai témoigné, cela a duré trois heures. On sentait que l’on parlait dans le vide. Ce qui était terriblement émouvant, c’était de voir ces femmes enfermées dans une cage.

Et il y a aussi l’étude, publiée en début de ce mois, dans la grande revue scientifique Nature…

Tout à fait. L’analyse des génomes du virus du sida et du virus de l’hépatite C en cause dans ces contaminations a démontré la présence de ces souches virales et leur transmission hospitalière dans cet établissement, avant l’arrivée de l’équipe bulgare. Pour cela, ils ont utilisé les séquences génétiques de virus d’enfants et ils ont reconstruit l’histoire exacte et la généalogie de ces virus. Nous-mêmes y avons travaillé. Il ressort clairement de cette analyse, que le virus du sida en cause circulait dans l’hôpital Al-Fateh avant l’arrivée du staff bulgare en mars 1998. La probabilité que cette épidémie ait une origine postérieure à leur arrivée est «pratiquement de zéro», ont pu en déduire les auteurs.

Votre sentiment, alors ?

C’est un déni de la science, et cela même alors que d’ordinaire, la science sert à la manifestation de la vérité. On est face à un refus d’évidence scientifique et à une recherche de boucs émissaires.


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Publié dans Actualités

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