Le combat historique de « l'homme de cristal » pour l'abolition de l'esclavage

Publié le par Le Blog du MRAP Fédération de Moselle


Victor Schoelcher ou la mystique d'un athée,
Un livre de Janine Alexandre-Debray. Éditions Perrin, 2006, 360 pages, 22 euros.

 Sous-secrétaire d'État à la Marine (1848), député de la Martinique et de la Guadeloupe (entre 1848 et 1850) et personnage incontournable de la franc-maçonnerie, Victor Schoelcher est né à Paris le 22 juillet 1804 d'une famille d'origine alsacienne.

Fils d'un porcelainier, l'adjectif « de cristal » dont l'affublait son ami Victor Hugo ne manque pas de correspondre au personnage : à ses débuts par son absence de consistance, ou de parti pris, dans un environnement dont Janine Alexandre-Debray mentionne qu'il lui pesait.

« Cristal », il le fut aussi dans la deuxième partie de sa vie : lorsque les aléas de la politique et un engagement total envers la cause des Noirs le dressèrent en farouche abolitionniste. La réalité, comme l'explique l'auteur, veut que Schoelcher se soit contenté, durant ses jeunes années, d'être une sorte d'éponge occupée à absorber
des règles et à enrichir son savoir. Pour plus tard les appliquer. Panthéonisé aujourd'hui, il a révélé petit à petit sa grandeur. Une entreprise qui lui aura pris une grande part de sa vie.

L'ouvrage repose sur la construction, progressive, d'un personnage. Ce n'est pas, loin
s'en faut, comme de dresser d'un coup un vécu face à l'histoire. Issu d'une famille de petits-bourgeois Victor Schoelcher a vécu sa vie de jeune homme sans rien connaître des atrocités de l'esclavage dans sa petite vie tranquille de marchand de porcelaine.

C'est lors d'un long voyage, du Mexique à La Nouvelle-Orléans, et à Cuba, que, dans ce pays où il séjourna deux longs mois, qu'il se trouve devant l'atroce réalité de l'esclavage. Il est comme un découvreur. « Plongé dans l'univers infernal où des hommes ne se contentent pas d'exploiter d'autres hommes, mais ont sur eux un droit de propriété sans appel. » Dans ce pays, rapporte l'auteur, le jeune homme « apprend ce qu'est le racisme ». Partant de là, il lui reste à informer les Français car, comme il semble le penser, « s'ils savaient, alors ils seraient coupables ».

La suite du livre montre l'appropriation par Schoelcher, tout au long d'un chemin semé d'embûches, d'un désir de faire cesser l'inhumanité de comportement entre hommes de couleurs de peau différente. Avec une façon d'être partie prenante dans toutes les actions contre l'esclavage tout en n'étant répertorié dans aucun groupe.

C'est toute une partie de sa vie, qui durera au-delà de sa prise de conscience, en 1830, des misères de l'esclavage. C'est en 1833 qu'il entreprendra réellement sa croisade. En écrivant volume sur volume, et surtout en allant au bout de ses engagements. C'est, véritablement, à ce moment que se met en place le Victor Schoelcher abolitionniste. Dans ses recherches sur la première partie de la vie du jeune Victor, des doutes et des trous existent. Janine Alexandre-Debray n'a pas trouvé toutes les réponses.

Mais elle se rattrape très vite avec un personnage bien éclairé et fourmillant d'éclats. Au milieu d'une galerie de personnages historiques, Victor Schoelcher est un géant dont le nom reste à tout jamais attaché à la loi d'abolition, en 1848, de l'esclavage.

L'exil sous le Second Empire et les disgrâces à cause de son idéal socialiste ne sont pas venus à bout de celui qui, aujourd'hui encore, symbolise le plus le respect et l'extension des droits de l'homme.


Notes de lecture de Fernand Nouvet, quotidien l'Humanité 09.12.06



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