« La police doit renouer le dialogue »
Secrétaire général adjoint du syndicat UNSA Police, Francis Masanet pointe l'impasse du tout-répressif et plaide pour le développement d'une police de proximité. Un entretien réalisé par Laurent Mouloud du quotidien l'Humanité.
Votre syndicat plaide clairement pour un retour de la police de proximité. Pourquoi ?
Francis Masanet. On recense vingt-quatre départements possédant des cités dites « sensibles ». Il faut y mettre les moyens en effectifs et renouer le dialogue avec la population. Ce travail de discussion avec les associations de locataires, sportives ou culturelles, permettrait de mieux appréhender les difficultés de nos concitoyens. Mais cette politique ne se substitue pas à la répression. Elle n'empêche pas d'interpeller les perturbateurs qui pourrissent la vie de tous les autres. Ceux-là doivent être sortis des cités et mis à la disposition de la justice. Mais, encore une fois, arrêtons de monter la population contre la police nationale !
Vous pensez à Nicolas Sarkozy ?
Ce n'est pas moi qui ai dit qu'il fallait nettoyer les cités au Karcher ! Il récolte aujourd'hui les fruits de ce qu'il a semé. Mais pas seulement lui : les policiers qui se font agresser sur le terrain paient aussi le prix de ses propos. C'est inacceptable.
Sa politique du tout-répressif est-elle un échec ?
Nos concitoyens auront l'opportunité, l'année prochaine, de le sanctionner s'ils le souhaitent. Et je pense qu'ils ne sont pas bêtes... Au sein même de la police, les fonctionnaires souffrent aujourd'hui d'une énorme pression hiérarchique. On leur demande de faire du chiffre. Cette politique du rendement, axée sur la seule répression, n'est plus possible. Au-delà, il y a chez les policiers un vrai ras-le-bol des effets de manche. Voilà un an que se sont déroulées les violences urbaines. Or le ministère vient juste de se réveiller et de débloquer de l'argent pour acheter du matériel afin de protéger les agents (casques, protège nuque, genouillères...) !
Nicolas Sarkozy a aussi promis un renfort de « 300 » fonctionnaires en Seine-Saint-Denis. Qu'en est-il ?
Pour une fois, il va y avoir des renforts. Au 1er décembre, 289 gardiens de la paix prendront leur service en Seine-Saint-Denis. C'est une bonne nouvelle. Nous avons demandé qu'ils soient affectés en priorité dans les gros centres, là où on en a besoin. Il faut, en outre, renforcer le soutien à nos collègues locaux dans les cités difficiles, avec la présence de CRS.
N'y a-t-il pas nécessité de revoir aussi les méthodes d'action des policiers en banlieue ?
Bien sûr. Nous avons dit au ministre que nous étions surpris, par exemple, que des chefs de service donnent comme instruction de faire des contrôles routiers aux abords des cités sensibles. Cela ne sert strictement à rien ! On ne fait que gêner les personnes qui rentrent de leur travail et finissent par en avoir marre d'être interpellées en permanence. La priorité doit être d'assurer la sécurité des concitoyens dans les cités, pas aux périphéries.
Le profil des gardiens de la paix en banlieue, pour la plupart inexpérimentés, ne pose-t-il pas problème ?
Un gardien de la paix est formé pendant douze mois dont quatre passés sur le terrain. Il connaît les difficultés. En revanche, il y a nécessité, pour les jeunes affectés dans les services les plus rudes, de leur expliquer la topographie particulière des lieux. Il faut aussi les présenter aux associations et aux acteurs locaux pour que, une fois encore, le dialogue s'instaure dès le départ entre police et population. Enfin, si l'on veut que le gardien de la paix reste dans le département, qu'il s'y intègre, il faut un intéressement financier. Comment voulez-vous qu'un policier, qui gagne 1 276 euros net par mois, puisse se loger correctement en Île-de-France ? Pour eux, nous réclamons une prime de 600 euros par mois.
Après les interventions médiatiques de ces dernières semaines, il semblerait que le ministère ait donné des consignes de discrétion...
Il faut arrêter avec le show médiatique. Et que chacun prenne ses responsabilités : les fuites viennent bien de la plus haute autorité. Ce ne sont certainement pas les policiers qui invitent les journalistes à venir les gêner lors des arrestations ! À mon sens, la présence de caméras dans ces situations est un véritable dysfonctionnement des institutions.
Francis Masanet. On recense vingt-quatre départements possédant des cités dites « sensibles ». Il faut y mettre les moyens en effectifs et renouer le dialogue avec la population. Ce travail de discussion avec les associations de locataires, sportives ou culturelles, permettrait de mieux appréhender les difficultés de nos concitoyens. Mais cette politique ne se substitue pas à la répression. Elle n'empêche pas d'interpeller les perturbateurs qui pourrissent la vie de tous les autres. Ceux-là doivent être sortis des cités et mis à la disposition de la justice. Mais, encore une fois, arrêtons de monter la population contre la police nationale !
Vous pensez à Nicolas Sarkozy ?Ce n'est pas moi qui ai dit qu'il fallait nettoyer les cités au Karcher ! Il récolte aujourd'hui les fruits de ce qu'il a semé. Mais pas seulement lui : les policiers qui se font agresser sur le terrain paient aussi le prix de ses propos. C'est inacceptable.
Sa politique du tout-répressif est-elle un échec ?
Nos concitoyens auront l'opportunité, l'année prochaine, de le sanctionner s'ils le souhaitent. Et je pense qu'ils ne sont pas bêtes... Au sein même de la police, les fonctionnaires souffrent aujourd'hui d'une énorme pression hiérarchique. On leur demande de faire du chiffre. Cette politique du rendement, axée sur la seule répression, n'est plus possible. Au-delà, il y a chez les policiers un vrai ras-le-bol des effets de manche. Voilà un an que se sont déroulées les violences urbaines. Or le ministère vient juste de se réveiller et de débloquer de l'argent pour acheter du matériel afin de protéger les agents (casques, protège nuque, genouillères...) !
Nicolas Sarkozy a aussi promis un renfort de « 300 » fonctionnaires en Seine-Saint-Denis. Qu'en est-il ?
Pour une fois, il va y avoir des renforts. Au 1er décembre, 289 gardiens de la paix prendront leur service en Seine-Saint-Denis. C'est une bonne nouvelle. Nous avons demandé qu'ils soient affectés en priorité dans les gros centres, là où on en a besoin. Il faut, en outre, renforcer le soutien à nos collègues locaux dans les cités difficiles, avec la présence de CRS.
N'y a-t-il pas nécessité de revoir aussi les méthodes d'action des policiers en banlieue ?
Bien sûr. Nous avons dit au ministre que nous étions surpris, par exemple, que des chefs de service donnent comme instruction de faire des contrôles routiers aux abords des cités sensibles. Cela ne sert strictement à rien ! On ne fait que gêner les personnes qui rentrent de leur travail et finissent par en avoir marre d'être interpellées en permanence. La priorité doit être d'assurer la sécurité des concitoyens dans les cités, pas aux périphéries.
Le profil des gardiens de la paix en banlieue, pour la plupart inexpérimentés, ne pose-t-il pas problème ?
Un gardien de la paix est formé pendant douze mois dont quatre passés sur le terrain. Il connaît les difficultés. En revanche, il y a nécessité, pour les jeunes affectés dans les services les plus rudes, de leur expliquer la topographie particulière des lieux. Il faut aussi les présenter aux associations et aux acteurs locaux pour que, une fois encore, le dialogue s'instaure dès le départ entre police et population. Enfin, si l'on veut que le gardien de la paix reste dans le département, qu'il s'y intègre, il faut un intéressement financier. Comment voulez-vous qu'un policier, qui gagne 1 276 euros net par mois, puisse se loger correctement en Île-de-France ? Pour eux, nous réclamons une prime de 600 euros par mois.
Après les interventions médiatiques de ces dernières semaines, il semblerait que le ministère ait donné des consignes de discrétion...
Il faut arrêter avec le show médiatique. Et que chacun prenne ses responsabilités : les fuites viennent bien de la plus haute autorité. Ce ne sont certainement pas les policiers qui invitent les journalistes à venir les gêner lors des arrestations ! À mon sens, la présence de caméras dans ces situations est un véritable dysfonctionnement des institutions.
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