La Turquie participera à la FINUL
Alors que plus de 10.000 personnes manifestaient contre cette éventualité à proximité d'un Parlement bouclé par les forces de l'ordre, les députés se sont prononcés pour ce déploiement par 340 voix contre 192, un seul s'abstenant.
Les partis d'opposition ont voté contre la participation des soldats turcs à la Force intérimaire de l'ONU au Liban, dénoncée par une large frange de l'opinion turque. Le nombre des militaires mobilisés pour cette mission n'a pas été précisé. Le ministre des Affaires étrangères Abdullah Gül a toutefois laissé entendre qu'il n'exéderait pas le millier d'hommes. La décision a été prise pour coïncider avec l'arrivée à Ankara du secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, qui doit s'entretenir mercredi avec les dirigeants turcs.
Le vote devrait satisfaire l'Union européenne, les Etats-Unis et Israël, qui souhaitaient voir des troupes turques de maintien de la paix se joindre à la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), assurant ainsi une participation musulmane notable à cette force à majorité chrétienne.
Il s'agit en tout cas d'une victoire personnelle pour le chef du gouvernement Recep Tayyip Erdogan. L'écrasante majorité de son Parti de la justice et du développement (islamiste démocrate) n'avait pas empêché un vote négatif en mars 2003 à l'utilisation du territoire turc par l'armée américaine avant l'invasion de l'Irak.
Le Premier ministre a consacré l'essentiel de son emploi du temps ces derniers jours à tenter de fléchir les députés indécis, voire sceptiques face à cette initiative. C'est selon lui un devoir moral pour la Turquie qui va dans le sens de la stabilisation régionale tout en donnant un rôle d'importance à son pays sur la scène internationale. "Nous croyons que nous devons d'y aller pour faire sentir la présence de la Turquie", avait-il déclaré lundi.
"Nous sommes les enfants d'une nation qui a toujours tendu la main aux nécessiteux. Nous ne pouvions rester indifférents aux souffrances des enfants et des femmes du Liban", a expliqué après le vote le député Egemen Bagis, proche conseiller de M. Erdogan. Pour le chef de la diplomatie turque, Abdullah Gül, qui s'exprimait lui aussi à l'Assemblée nationale, "il est bon pour nos intérêts de contribuer à la paix et la stabilité dans la région".
Mais l'opposition n'en démord pas : "Nous ne pensons pas qu'il soit juste d'envoyer la Turquie dans une aventure avec tant d'inconnues", a estimé Erkan Mumcu, président du Parti de la Mère-Patrie (centre droit). "Je n'ai pas d'enfants à sacrifier pour la sécurité d'Israël."
"En envoyant des soldats là-bas, nous prenons un grand risque", a renchéri Onur Oymen, vice président du Parti républicain du peuple (CHP, centre gauche). "Nous risquons de nous retrouver impliqués dans des affrontements à l'issue incertaine."
L'opinion publique elle-même est divisée sur l'envoi de troupes au Liban. Certains voient cette participation à la FINUL comme une chance de redonner à leur pays une partie de l'influence perdue depuis la dislocation de l'empire ottoman.
D'autres craignent que l'armée turque, qui est déjà mobilisée dans l'est du pays pour combattre l'insurrection kurde, ne risque de se retrouver embarquée dans une confrontation avec des musulmans, les résistants du Hezbollah en l'occurrence.
Opposés à l'intégration de soldats et d'une force navale au sein de la FINUL, les manifestants rassemblés devant le Parlement portaient des banderoles sur lesquelles on pouvait lire "Nous ne serons pas les soldats des Etats-Unis et d'Israël" ou encore "Le sang de Mehmet n'est pas à vendre" (Mehmet est le surnom affectueux que donnent les Turcs à leurs soldats.)