Une atmosphère digne du «Titanic» règne au Paquebot
Front national . Le parti d’extrême droite est au bord de l’éclatement.
Un article de Christophe FORCARI paru dans Libération du 20.11.2008
Pas une explosion, ni une scission comme celle de 1998, juste une lente dislocation. Les murs de la maison Front national se fissurent de toutes parts. «A défaut d’avoir pu vendre le Paquebot d’un seul tenant, c’est comme si on procédait à une vente à la découpe. Chacun emportant un petit morceau de la maison commune et quelques meubles en souvenir», ironise un permanent du parti d’extrême droite. L’annonce par Le Pen de sa décision de passer la main dès 2010 au prochain congrès et de confier la barre du Paquebot, le siège du FN à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), à la benjamine de ses filles et vice-présidente du FN, Marine Le Pen, a accéléré la crise interne. Sans doute la plus importante depuis la scission mégrétiste, il y a dix ans.
«Traître». Point d’orgue de cette crise, la décision de Carl Lang de partir sous ses propres couleurs aux européennes dans la circonscription du Nord-Ouest, après avoir été écarté de la tête de liste au profit de Marine Le Pen. Une décision qui lui a été notifiée de manière très sèche lors d’une réunion de la commission d’investiture présidée par Jean-Marie Le Pen lui-même. Invité à s’asseoir, Lang s’y est refusé. «Je préfère mourir debout que coucher», a-t-il lancé en direction du numéro 2 du mouvement, Bruno Gollnisch, qui, selon lui, ne s’est pas vraiment battu en faveur d’un de ses principaux soutiens. «Le pire, c’est que Bruno Gollnisch est le prochain sur la liste mais il ne le sait pas encore ou il ne veut pas le voir», se désole l’eurodéputé, ancien numéro 3 du FN et longtemps fidèle parmi les fidèles de Le Pen. La réaction de la direction du FN ne s’est pas fait attendre. Carl Lang, tout comme Jean-Claude Martinez - écarté de la tête de liste dans le Sud-Ouest au profit de Louis Aliot, l’actuel secrétaire général très proche de Marine Le Pen - ont été suspendus du parti avant d’en être prochainement exclus.
«Proaméricanisme». Mais cette mise à l’écart n’est pas la seule. Un proche de Marine Le Pen, Jean-François Touzé, a quitté le FN l’été dernier pour rejoindre la Nouvelle Droite populaire, petit groupuscule d’extrême droite mené par l’alsacien et ex-frontiste, Robert Spieler avant d’en être exclu pour «proaméricanisme». Depuis Touzé a créé son petit club, la Nouvelle Droite républicaine. «Dès lors que Le Pen n’est plus le président de droit divin du FN et que les résultats électoraux ne sont pas au rendez-vous, la famille de la droite nationale en revient à ses tentations groupusculaires», reconnaît Touzé.
Depuis quelque temps déjà, bon nombre de conseillers régionaux ont pris leur distance avec le parti lepéniste. Dernièrement, ce sont quatre conseillers régionaux historiques de Paca qui ont décidé de quitter le FN. L’ancien frontiste Jacques Bompard, devenu villiériste, pourrait se présenter aux européennes face à Le Pen lui-même dans la circonscription du Sud-Est. «Nous allons directement vers l’éclatement»,pronostique un responsable historique du Front. Pour l’heure, Gollnisch garde le silence. Avec l’espoir d’apparaître comme le seul recours à même de rassembler les morceaux et recoller le jouet cassé par la fille du chef.
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20.11.2008