Inquiétante augmentation des actes racistes ou antisémites en Alsace

Publié le par Le Blog du MRAP Fédération de Moselle

Communiqué du MRAP national

 

Inquiétante augmentation des actes racistes ou antisémites en Alsace : des actes forts sont nécessaires

 Le MRAP exprime une profonde inquiétude face à la multiplication d’actes racistes, islamophobes ou  cimetieres-profanes.jpgantisémites commis au cours des derniers mois, en Alsace. Pas moins de 13 actes d’une particulière gravité ont été recensés dans cette région, depuis le début de l’année 2010 : agression physique d’un jeune juif en avril ; profanation de tombes musulmanes en juin et en septembre ; profanation de tombes juives en juillet…

Le 7 octobre dernier, les représentants des quatre principales religions présentes en Alsace publiaient  une déclaration commune « contre le racisme et l’intolérance ». Le 8 octobre, le préfet et des élus d’affiliations politiques différentes déclaraient ensemble : « ces actes sont un véritable traumatisme ».

Les alertes solennelles n’ont pas empêché octobre de s’entacher de nouvelles manifestations de haine, telle une vidéo, publiée sur internet, mettant en scène la destruction volontaire par le feu d’un Coran, devant une caméra.

Les coupables de la plupart de ces actes odieux n’ayant pu être identifiés à ce jour,, il est du devoir de la police et de la justice de les débusquer et de les faire sanctionner. Mais l’un des terreaux de choix - politique, idéologique et culturel - sur lequel prospèrent de telles actes,  n’est au contraire que trop connu :  guerre des extrêmes droites au nom d’une « identité nationale » d’exclusion.

Le MRAP appelle à une mobilisation de la société toute entière pour rejeter tous les actes et discours de haine et exiger des plus hautes instances de l’Etat un comportement exemplaire de respect des valeurs républicaines d’égalité et de citoyenneté.

Paris, le 29 octobre 2010

Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples
43 boulevard Magenta - 75010 Paris - Tél. : 01 53 38 99 99
Site web : http://www.mrap.fr

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Pour mieux comprendre la situation alsacienne

L’Alsace est une région en proie à deux forces d’extrême droite dstinctes, qui se livrent une concurrence acharnée. Aux côtés d’une extrême droite « classique », telle qu’on la connaît ailleurs en France et représentée par le Front national (FN), existe aussi une extrême droite spécifique, plutôt régionaliste que nationaliste et « jacobine », selon sa propre terminologie. Alors que le FN prône surtout l’attachement à l’Etat-nation - français en l’occurrence - ses rivaux cultivent plutôt une vision dans laquelle s’imbriqueraient les unes dans les autres, telles des poupées russes, différentes « identités » : l’identité « régionale », celle attachée à « la nation » et enfin « la civilisation européenne ».

Cette dernière vision n’est pas moins excluante que le nationalisme « pur et dur » prôné par le FN et d’autres forces. L’appartenance « aux nôtres » passe, ici, non pas par la nationalité mais par une prétendue « identité culturelle » présentée comme innée, et liée à l’insertion « naturelle » dans un groupe.

Depuis la fin des années 1980, déjà, une scission du FN plus régionaliste a vu le jour en Alsace, sous le nom d’« Alsace d’abord », qu’elle a abandonné ensuite au profit de celui de « Mouvement régionaliste alsacien ». Aujourd’hui, cette plateforme régionale d’extrême droite a retrouvé son nom initial. Au cours de la période la plus récente, elle s’est fortement rapprochée du « Bloc identitaire », groupe d’extrême droite activiste et concurrençant le FN. Selon leur conception commune, même le nationalisme prôné par le FN ne serait pas suffisamment exclusif à l’encontre des immigrés et des nouveaux Français : « Une personne d’origine malienne peut acquérir la nationalité française », prône la mouvance identitaire, « mais elle ne sera jamais Alsacien, ni Basque ou Breton ».

Ce qui doit - et peut, à condition de refuser le racisme et l’exclusion - former une richesse, à savoir la pluralité des cultures régionales à l’intérieur d’un même pays, est ici transformé en facteur de rejet de l’Autre.

Aux dernières élections régionales, en 2004 puis en 2005, l’extrême droite régionaliste a obtenu un peu moins de 10 % puis un peu moins de 5 % des voix, à l’échelle de l’Alsace. Quand le FN, lui, totalisait 22 % (en 2004) puis 13,5 %.

Cette concurrence exacerbée entre deux variantes de l’extrême droite, ajoutée à l’existence d’un activisme extra-électoral et de différents groupuscules qui cherchent leur inspiration du côté des (vieux et nouveaux) nazis en Allemagne - tel que « Elsass Korps » -, facilite fortement le passage à l’acte violent.

 

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