En Arabie saoudite, un permis de voter plutôt que le droit de conduire.

Publié le par Le Blog du MRAP Fédération de Moselle

Pourquoi le roi Abdallah est-il disposé à laisser les Saoudiennes voter, mais pas conduire des voitures?

Le roi Abdallah a annoncé dimanche 25 septembre 2011 que les Saoudiennes auront le droit de voter et de se présenter aux élections municipales, à partir de 2015. Pour les spécialistes de l'Arabie saoudite, cette décision représente une avancée moindre qu'autoriser les femmes à conduire, un droit que les Saoudiennes revendiquent publiquement depuis plus de vingt ans. Pourquoi est-il plus facile pour les Saoudiennes d'obtenir le droit de vote que le permis de conduire?

 

Parce que le droit de vote est insignifiant. Les élections sont globalement symboliques en Arabie saoudite. Seule la moitié des sièges à pourvoir dans les conseils municipaux est soumise au vote, l'autre moitié étant nommée par la famille royale, les Al Saoud, tout comme les maires. Les conseils municipaux ont très peu de pouvoir. Le gouvernement se réserve le droit de reporter les élections, comme il l'a fait en 2009.

 

Il n'y a aucune garantie que les élections de 2015, auxquelles les femmes sont censées participer, se déroulent comme prévu, ou même qu'elles se déroulent tout court. De plus, l'annonce du roi Abdallah n'a pas force de droit. Il peut très bien changer d'avis à tout moment. Ou alors, si le roi âgé aujourd'hui de 87 ans n'est plus dans les parages en 2015, son successeur pourrait très facilement revenir sur la promesse faite par le roi Abdallah aux Saoudiennes.

 

Si le droit de vote aux élections municipales est loin d’octroyer aux femmes une autorité politique réelle, les conservateurs saoudiens voient la conduite féminine comme le premier pas concret vers l'affaiblissement del'institution du gardien, qui place les femmes en situation de dépendance aux hommes.

La peur de la drague à l'occidentale

A l'heure actuelle, les habitantes des villes saoudiennes ne peuvent se déplacer, sauf à pouvoir s'offrir les services d'un chauffeur, ou d'avoir dans leur famille un homme disposé à les conduire. (La vie n'est par rose tous les jours pour les jeunes hommes ayant de nombreuses sœurs dans le royaume). Les bus publics ont des entrées séparées, et des banquettes réservées aux femmes, mais ils sont lents et peu fiables.

 

conduite-auto-Arabie-Saoudite.jpgCertaines femmes ont peur de prendre des taxis, car les chauffeurs saoudiens sont connus pour leurs remarques désobligeantes. (Les chauffeurs nés à l’étranger n'ont pas la même réputation, car le système judiciaire saoudien est bien plus sévère envers les immigrés).

 

Permettre aux femmes de conduire pourrait aussi bouleverser les traditions familiales. Les jeunes saoudiens ont du mal à trouver un partenaire sans l'aide de leur famille. Les jeunes hommes ont ainsi pris l'habitude de lancer leurs numéros de téléphone – et parfois même leurs téléphones portables en entier– quand passent à proximité des voitures les fenêtres ouvertes, et ce dans une tentative désespérée de communiquer avec de ravissantes inconnues.


Les conservateurs sociaux redoutent qu'en obtenant le droit de conduire seules, les femmes encouragent l'émergence d'un système de drague à l'occidentale. Pire encore, la conduite pourrait permettre aux femmes de s'organiser politiquement, une tactique qui leur a pour l'instant échappé.

 

Le droit de conduire pourrait aussi pousser des millions de femmes, actuellement inactives, à se mettre à la recherche d'un travail. Sur le long terme, ce serait bénéfique pour l'économie. Mais pour l'instant, il n'y a pas assez d'emplois pour les hommes. Ce qui ne signifie pas que l'annonce du roi Abdallah cache de mauvaises intentions. Les Saoudiennes sont nombreuses à penser que le roi est de leur côté, mais ses instincts réformistes ont été gênés par les conservateurs qui l'entourent.

 

Le roi, en plus d'ouvrir les élections municipales aux femmes, a aussi annoncé dimanche qu'il nommerait bientôt quelques femmes au Conseil de la Chouraqui, en 2005, avait débattu de la question des conductrices. Ses membres se sont demandé si cela respectait la loi islamique, et ont même fait quelques propositions concrètes.

 

Ils ont pensé autoriser la conduite seulement aux femmes de plus de 35 ans, limiter leurs allées et venues aux heures du jour, et leur interdire de dépasser les frontières des villes. (En fait, les femmes sont déjà nombreuses à conduire dans les zones rurales, où les opérations de police se font plus rares). Le Conseil a aussi émis l'idée d'un contingent policier exclusivement féminin, pour que les conductrices n'aient pas à se tourner vers des agents hommes.

 

Même si le Conseil et ses 150 membres ont un rôle fondamentalement consultatif, ces discussions ont énervé les conservateurs. Quand le Conseil de la Choura a examiné, en 2011, des questions concernant le transport des femmes, personne n'a suggéré qu'elles pourraient obtenir le permis de conduire. Avec cette initiative, le roi tente peut-être de remettre ces débats à l'ordre du jour au sein du Conseil.

 

Source : Brian Palmer - Traduit par Peggy Sastre

Ali Alyami du Centre pour la Démocratie et les Droits de l'Homme en Arabie saoudite, Kay Hardy Campbell, auteur du blog Saudi Women Driving, Philip Luther d'Amnesty International, et Christoph Wilcke d'Human Rights Watch.

REUTERS/Susan Baaghil 


Publié dans Proche et Moyen-Orient

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