Algérie, les immolations continuent

Publié le par Le Blog du MRAP Fédération de Moselle

 

Un article de Djilali Benyoub paru dans "Liberté", quotidien algérien d'expression française (édition du 07.02.2011)

 

Après les actions collectives, l’émeute pour une vie décente, on est passé à l’acte personnel, devenu régulier en Algérie, qui interpelle les autorités mais aussi sociologues et psychologues pour apporter des réponses et expliquer ce glissement de la vie vers la mort. 


Dans la foule des initiatives pour le changement, de nombreux Algériens ne trouvent de solution à leurs problèmes que dans les flammes pour inaugurer un nouveau rite sur “les cendres” d’El-Bouazizi. Rite mortuaire et revendicatif même si, par-delà le sacrifice individuel, il dénote une dévalorisation de la vie, elle-même inaugurée par les islamistes qui ont fait du massacre collectif un instrument de pression politique.


Après les actions collectives, l’émeute pour une vie décente, on est passé à l’acte personnel, devenu régulier en Algérie, qui interpelle les autorités mais aussi sociologues et psychologues pour apporter des réponses et expliquer ce glissement de la vie vers la mort. Car, la privation à elle seule ne peut justifier cet acte sacrificiel extrême.

 

dilemAinsi, il ne se passe pas une semaine sans tentative d’immolation par le feu à travers le pays. C’est là un message contraire à celui qui promettait “une vie meilleure” aux Algériens, lequel a survécu l’espace d’une ouverture hasardeuse, qui a fini par donner naissance à une “race” de prédateurs et qui a emporté dans son sillage la valeur du travail et du mérite. Résultat : un boom de désespoir accompagné d’un discrédit des organes de médiation et d’un verrouillage des espaces d’expression.

 

Les choix politiques à huis clos ont fait des ravages et l’activisme effréné des islamistes a achevé les convictions jusqu’à l’épidermique “layadjouz” ou “haram” (péché et illicite) pour sanctifier cette insoutenable forme de suicide.

 

L’absence de repères sociaux ne peut suffire à une lecture de ces comportements. L’état a failli à ses propres règles, y compris dans les institutions, comme le montrent les cas d’employés “précarisés” de longue durée avec suprême insulte à l’intelligence et la marginalisation des compétences.

 

Le bilan, aujourd’hui, est au rythme de ces absurdes suicides et à la mesure des processions funèbres.

 

Site du quotidien Liberté : http://www.liberte-algerie.com/

Illustration : DILEM, caricaturiste du quotidien Liberté

 



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