Les immigrés âgés en Lorraine

Publié le par Le Blog du MRAP Fédération de Moselle

Un article d’Isabelle Pellé, directrice régionele de l’Acsé (Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances, anciennement FASILD) tiré du blog Diagnostic Lorrain.
     La Lorraine, région ancienne d’immigration, a plus d’immigrés âgés que l’ensemble de la France (32% en Lorraine, contre 25% au plan national). D’origines géographiques diverses, européennes ou maghrébines, ces hommes et ces femmes sont venus travailler dans notre pays au moment de la mono industrie, et ont contribué largement à la richesse de notre région et de notre pays.

Aujourd’hui, comme hier, ils vivent souvent dans des conditions très difficiles et leur situation n’est pas encore entièrement prise en compte par les politiques de droit commun. 8300 d’entre eux, soit plus de la moitié, vivent « hors logement ordinaire » (source INSEE) ; cela désigne « pièce indépendante louée ou prêtée, chambre meublée, logement-foyer, construction provisoire, voire abri de fortune). Seulement 3200 parmi ces derniers (des hommes) résident dans les Foyers de Travailleurs Migrants, où les chambres qu’ils habitent mesurent parfois encore 4,5 m².

Le passage en résidence sociale des FTM de Lorraine est encore insuffisant et l’effort est à accentuer et à poursuivre. Par ailleurs, la prise en compte des besoins des immigrés âgés dans ces foyers reste encore insatisfaisante : l’accès aux droits en matière de santé, l’aménagement des chambres et des bâtiments (nombreux sont encore dépourvus d’ascenseur) pour les situations de mobilité réduite, l’accès aux services d’aide à domicile, la cohabitation avec des publics très différents et bien plus « difficiles », pour ne nommer que quelques points, sont à améliorer.

Hors FTM, 9700 immigrés âgés habitent, soit dans des conditions insatisfaisantes (« marchands de sommeil », habitat indigne, etc.) pour 5100 d’entre eux, soit, pour 4600 personnes,  en logement ordinaire, souvent au sein de leur famille. Trop souvent non pris en compte dans les schémas gérontologiques des départements (ils y ont été inclus par un seul département lorrain), les immigrés âgés ont des revenus très réduits, liés aux faibles revenus pendant leur vie active,  à des carrières souvent « en pointillé », entrecoupées de périodes de chômage, et aux difficultés face à la reconstitution de leurs carrières pour constituer leurs dossiers de retraite, ainsi qu’à la complexité des procédures administratives. Ils continuent pour la plupart à soutenir leurs familles au pays d’origine, ce qui ampute les revenus dont ils peuvent disposer ici. Leurs droits en matière de santé et celui à la pension minimum vieillesse étant liés à la résidence en France, ils ne peuvent retourner vivre au pays que de manière temporaire ; la plupart ont choisi de vivre leur fin de vie en France.

L’accès aux maisons de retraite est rare : soit pour des raisons financières (et pour ne pas amputer les petits héritages pour les enfants), soit pour des raisons culturelles. Les maisons de retraite ne sont en effet pas préparées à accueillir des personnes de religion différente,  dont elles ignorent les prescriptions alimentaires et des rituels mortuaires. L’isolement des personnes âgées de l’immigration est accentué par une maîtrise de la langue parfois malaisée, et par des appartenances sociales et culturelles autres. De nombreuses femmes, notamment, sont veuves et particulièrement isolées. Mais quand les familles sont présentes en France, leur prise en charge de leurs grand-père et grand-mère peut être bien meilleure que celle des autres personnes âgées. En matière de santé, le médecin généraliste est souvent pour eux un interlocuteur précieux, avec qui le dialogue est possible, alors qu’ils se sentent plus de mal à s’adresser à des services  plus spécialisés.

D’une manière générale, la situation des personnes âgées immigrées souffre donc d’un manque de reconnaissance et doit être améliorée :
• de la part de la société dans son ensemble, qui n’est pas consciente de la dette collective à leur égard ; la transmission intergénérationnelle a donc du mal à se faire, et constitue une difficulté supplémentaire pour les héritiers de l’immigration ;
• de la part des institutions, qui peuvent les exclure de fait des politiques de droit commun et, de ce fait, poser des obstacles dans l’accès et l’exercice des  droits.



Isabelle PELLE
Directrice régionale de l’Acsé Lorraine (ex Fasild)


voir le site Diagnostic Lorrain de Jean-Luc Humbert

Publié dans Citoyenneté

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