Mardi 6 mars 2007
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A l'hiver 1944-45, les nazis vidèrent les camps de la mort, embarquant leurs
prisonniers dans des "marches de la mort" qui firent des dizaines de milliers de victimes. Les archives de Bad Arolsen, dont les modalités d'ouverture doivent être décidées cette semaine,
retracent entre autres cet épisode tragique.
"Le camp doit être évacué immédiatement. Aucun prisonnier ne doit tomber vivant entre les mains de l'ennemi". L'ordre manuscrit, daté du 14 avril 1945, est signé du chef de la Gestapo Heinrich
Himmler et fait apparemment référence à Dachau.
Ce document et des millions d'autres sont conservés dans les archives de Bad Arolsen, en Allemagne, fonds géré par le Service international de recherches (SIR), branche du Comité international de
la Croix-Rouge. Les 11 pays qui dirigent le SIR se réunissent ce mercredi et jeudi à La Haye pour discuter des conditions de leur ouverture aux chercheurs. L'Associated Press a reçu
l'autorisation d'examiner des dossiers, inaccessibles au grand public depuis une soixantaine d'années.
Les archives offrent notamment une vision unique des "marches de la mort": détenus
marchant en colonne ou entassés dans des trains, contraints d'avancer jusqu'à trois jours d'affilée dans le froid glacial sans rien à manger qu'un morceau de pain, villageois témoins, peut-être
pour la première fois, de la barbarie nazie...
Partis des camps, des dizaines de colonnes d'hommes et de femmes émaciés, dans leur tenue rayée, ont ainsi traversé des villes et villages en territoire polonais, tchèque et allemand, les SS
tuant les plus faibles qui ne pouvaient plus marcher.
Parmi les documents, figurent des centaines de questionnaires destinés aux maires de villes allemandes, demandant combien de ces détenus étaient passés dans leur commune, et combien y étaient
morts. On trouve également des déclarations de survivants et de témoins.
"Un prisonnier a sorti une tasse et a mendié de l'eau du regard", rapporte ainsi une femme. Lorsqu'elle lui a apporté de quoi boire, "un garde m'a pris la tasse et me l'a jetée au
visage."
Les archives de Bad Arolsen contiennent des documents sur la mort, l'esclavage ou l'oppression de 17,5 millions de juifs, Roms et autres victimes des nazis. L'an dernier, les 11 pays en charge du
SIR (Allemagne, Belgique, Israël, Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Grèce, Luxembourg, Italie, Pays-Bas, Pologne) ont accepté d'autoriser les chercheurs à examiner les 30 à 50 millions de
pages stockées dans six bâtiments. Mais la décision doit encore être entérinée au terme d'une longue procédure.
Les archives étaient jusqu'ici utilisées essentiellement pour rechercher des personnes disparues durant la Seconde Guerre mondiale et étayer des demandes d'indemnisation.
L'ordre d'Himmler d'évacuer Dachau est intervenu trois jours après la libération de Buchenwald, l'un des plus grands camps nazis, par les forces américaines. Une semaine auparavant, un télégramme
de Richard Glucks, chef des inspecteurs SS des camps, avait ordonné le transfert de 20.000 prisonniers de Buchenwald vers Dachau et Flossenburg, notant que les autres camps étaient déjà
"surchargés".
Lorsque Dachau a reçu l'ordre d'évacuation, la plupart des voies de communication étaient déjà bloquées et seulement 7.000 prisonniers sont partis, plus de 30.000 restant au camp, libéré le 29
avril.
A l'hiver 1944-45, les nazis ont commencé à vider les camps et à détruire leurs archives, en partie pour dissimuler leurs crimes, souligne Daniel Blatman, de l'université hébraïque de
Jérusalem.
Espérant encore éviter une défaite totale ou négocier un accord avec les Alliés, les Nazis voulaient également conserver une réserve de travailleurs forcés et garder les détenus enfermés.
"C'était idéologique. Ces prisonniers étaient considérés comme des sous-hommes ne pouvant s'intégrer dans la société", explique M. Blatman.
L'une des plus grandes évacuations a eu lieu en janvier 45, au camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau, où on estime que 60.000 prisonniers ont été rassemblés en groupes de plusieurs milliers
personnes. Au total, les archives documentent 74 "marches de la mort".
Une carte retrace l'itinéraire de 3.000 juifs de Hongrie, France, Pologne et Allemagne, partis de Birkenau le 18 janvier 1945. Un calvaire de 500 kilomètres jusqu'à Geppersdorf dans l'actuelle
République tchèque. A Mikolai, 56 kilomètres après le départ, 300 à 400 de ces détenus ont été "probablement tués", selon le document, qui ne précise pas comment. Seuls 280 arrivèrent vivants à
destination, près de trois mois plus tard.
Selon le mémorial Yad Vashem en Israël, qui possède des microfilms de certains documents de Bad Arolsen, les "marches de la mort" ont fait 200.000 à 250.000 victimes, exécutées ou mortes de faim,
de froid et de maladie.
› Source :The Associated Press - 06/03/07
› voir le site : http://www.ushmm.org/wlc/article.php?lang=fr&ModuleId=22
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