Alger : un séminaire sur les disparitions forcées interdit par la police

Publié le par Le Blog du MRAP Fédération de Moselle



Au lendemain de la signature à Paris de la convention internationale contre les disparitions forcées, un colloque international «Pour la vérité, la paix et la conciliation»  organisé par les associations de familles de disparus devaient se tenir les 7 et 8 février à Alger. Pourtant signataires de cette convention, les autorités algériennes ont interdit ce séminaire.

Un article d'Hassan Moali du quotidien algérien d'expression française El Watan, 10.02.2007

Interdiction du séminaire des associations de disparus
Vérité à Rome, erreur à Alger !

   L’interdiction jeudi dernier du séminaire des associations de disparus a été diversement commentée, selon que l’on soit au pouvoir ou dans l’opposition. D’Alger, le FFS tire sur le pouvoir coupable de lèse-droit de l’homme. De Rome, le ministre des Affaires étrangères parle d’une maison de verre que serait l’Algérie. Mots croisés.

Le Front des forces socialistes (FFS) a vigoureusement condamné l’empêchement du séminaire que les associations de disparus devaient organiser mercredi dernier à l’hôtel Mercure, à Alger. Dans une déclaration rendue publique hier, le parti d’Aït Ahmed s’en est pris « aux autorités administratives de l’état d’urgence », qui ont mobilisé « renseignements généraux, DRS et police bleue pour empêcher avec brutalité » la tenue d’un séminaire ayant pour thème « Pour la vérité, la paix et la conciliation ». Ce parti note que la « violence » avec laquelle a été gérée cette interdiction « sous les yeux du corps diplomatique et de quelques invités étrangers et nationaux a surpris même ceux qui nourrissaient de grands espoirs sur la bonne foi du système ».

Pourtant, précise le FFS, le thème retenu « qui n’évoque plus la justice » semblait être un signe de décrispation envers les autorités. Des autorités qui, la « veille », avaient signé à Paris la Convention internationale contre les disparitions forcées, avec la plume du ministre des Affaires étrangères, Mohamed Bedjaoui. Le parti d’Aït Ahmed constate ce faisant que le « système n’a changé ni de nature ni de méthode (…) et impose la paix sociale par la domination et l’auto-amnistie à l’exclusion de tout débat, de toute négociation, de recherche de la vérité et de la justice ». La déclaration de ce parti signée par son premier secrétaire relève que la « férocité avec laquelle ont été réprimés des mères de disparus et des défenseurs des droits de l’homme n’a d’égale que la dignité de ces associations connues et reconnues pour leur attachement à la légalité et à la voie pacifique ».

« Cette façon de faire traduit, selon le FFS, la véritable image » d’un régime maffieux, méprisant ses propres lois, fier de neutraliser toute opposition ou contestation pacifique. Au FFS de s’en prendre aux partenaires internationaux de l’Algérie dont il dénonce « la complaisance (…) motivée soit par le chantage aux hydrocarbures ou par la quête de soutien en vue d’une certaine élection ». L’allusion à la France et aux Etats-Unis y est à peine voilée. Cette « complaisance » permet, lit-on dans la déclaration du FFS, au pouvoir algérien de « violer avec arrogance les engagements internationaux signés par l’Algérie ». L’interdiction du séminaire des associations des familles de disparus est intervenue alors que « l’encre du dernier (engagement international, ndlr) n’a pas encore séché ».

C’est justement le paraphe de cette fameuse convention que le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, Mohamed Bedjaoui, a brandi hier à Rome face aux journalistes qui l’interrogeaient sur l’interdiction de cette manifestation des associations de disparus. « L’Algérie n’a rien à cacher sur la question des disparus et qu’elle a, à plusieurs reprises, exprimé par des actes sa volonté de tourner définitivement une page douloureuse de son histoire. » En parlant des actes, le chef de la diplomatie algérienne a tôt fait d’exhiber la Convention fraîchement signée à Paris pour plaider « la bonne foi de l’Algérie ». « L’Algérie a signé solennellement, il y a trois jours à peine à Paris, une Convention des Nations unies sur les disparitions forcées », a lancé Bedjaoui, précisant que la loi sur la paix et la réconciliation nationale est destinée à « apaiser les cœurs et les esprits et pour tourner définitivement une page douloureuse de son existence ».

La signature par l’Algérie de la Convention de Paris est aux yeux du ministre « un témoignage de la volonté de l’Etat algérien de ne rien cacher et de montrer la direction dans laquelle le pays s’est orienté ». M. Bedjaoui est allé jusqu’à plaider devant les journalistes le fait que la loi sur la paix et la réconciliation nationale est plus généreuse envers les familles des disparus que la Convention onusienne. « Si cette Convention impose aux gouvernements d’indemniser les familles des victimes du terrorisme, la charte pour la paix et la réconciliation nationale mise en place par l’Algérie pour réconcilier tous ses enfants a pris en compte cet aspect », a indiqué M. Bedjaoui.

Notre ministre qui n’a pas justifié pourquoi les autorités ont interdit le séminaire des associations de disparus place l’Algérie en tête des pays en matière de prise en charge des familles de disparus. « Nous pouvons même dire que nous sommes les précurseurs puisque toutes les victimes de la tragédie nationale sont touchées par cette mesure et que l’opération suit son cours », a-t-il dit. Pourtant jeudi dernier, la réalité était tout autre. Les diplomates étrangers ont dû le constater de visu…


> voir le site d'El Watan


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