Peine de mort : l'abolition, un enjeu capital !

Publié le par Le Blog du MRAP Fédération de Moselle

Alors que 69 pays pratiquent encore le châtiment suprême, Paris accueille le troisième congrès mondial contre la peine de mort.Un article de Marie-Laure COLSON, du quotidien Le Monde du 01.02.2007
  
  Le 3e congrès mondial contre la peine de mort, qui s'ouvre aujourd'hui à Paris à l'initiative de l'association Ensemble contre la peine de mort (ECPM) (1), s'est donné un objectif qui, il y a encore quelques années, paraissait illusoire : «abolition universelle». C'est que les mentalités, les régimes politiques ont intégré plus rapidement que l'on ne s'y attendait l'iniquité et l'inefficacité d'une peine qui est d'abord une violation des droits humains. Depuis le deuxième congrès mondial, qui s'est tenu à Montréal en 2004, quatre nouveaux pays ­ le Sénégal, le Mexique, le Liberia et les Philippines ­ ont rejoint le camp des abolitionnistes. A l'aube du XXIe siècle, quasiment toutes les démocraties ont cessé les exécutions, à l'exception notable du Japon et des Etats-Unis.

Malaise. Le pays de George Bush fait partie, avec la Chine, l'Iran et Arabie Saoudite, du peloton des quatre pays qui concentrent la quasi-totalité (94 %) des exécutions. Mardi encore, le Texas a exécuté par injection Christopher Swift, 31 ans, reconnu coupable d'avoir étranglé sa femme et sa belle-mère. Dix autres exécutions sont programmées dans cet Etat pour 2007.

Et pourtant, même aux Etats-Unis, les exécutions n'ont cessé de diminuer : 53 en 2006, soit le chiffre le plus bas depuis 1996. L'an passé, 114 condamnations à mort ont été prononcées, alors qu'il y en avait 300 par an dans les années 90. Les erreurs judiciaires, confirmées par les tests ADN, ont créé un malaise chez une opinion publique encore récemment majoritairement acquise à ce châtiment.
Marche. Plus d'un millier de personnes et une centaine d'intervenants sont attendus à Paris pour cette 3e édition, à l'initiative d'une association créée en 2000 par Michel Taube. Sur un coup de tête et un coup de rage, après la diffusion d'un reportage sur un condamné à mort américain, Odell Barnes. Ce congrès se tiendra à la Cité internationale universitaire de Paris et s'achèvera samedi par une marche qui partira de la Bastille.

La Chine, où auront lieu l'an prochain les Jeux olympiques, sera l'un des grands thèmes de ce troisième congrès. l'ECPM lancera un «appel solennel à une trêve des exécutions», qui devrait être notamment soutenu par des sportifs. Autres régions ciblées : l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient. «L'un des principaux objectifs de ce congrès est de donner une tribune internationale à des militants abolitionnistes de ces régions, écrit le délégué général d'ECPM dans son introduction à la réunion. Notre ambition est claire : pourquoi le 100e Etat abolitionniste ne serait-il pas un pays arabe et, en même temps, le premier d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient ?» Aucun des 22 pays de la région n'a jusqu'ici aboli la peine de mort. L'ECPM rappelle que «Saddam Hussein a été exécuté le 30 décembre dans des conditions indignes, au terme d'un procès inéquitable et sans que la plupart de ses crimes aient été jugés».


Coalition marocaine. Un débat sera également organisé autour de la condamnation à mort en Libye, le 19 décembre, de cinq infirmières bulgares et d'un médecin palestinien. Au nord de l'Afrique, le Maroc, la Tunisie et l'Algérie condamnent toujours à la peine capitale, mais n'exécutent plus depuis plus de dix ans. Timidement, les abolitionnistes commencent à se faire entendre. A l'initiative de l'Observatoire marocain des prisons, une coalition marocaine contre la peine de mort s'est créée en 2003.

(1) www.abolition.fr


Publié dans Revue de Presse

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