Union Européenne : projet de pénalisation du négationnisme

Publié le par Le Blog du MRAP Fédération de Moselle

     La présidence allemande de l'Union européenne compte relancer, avant juin, un projet de législation européenne destiné à pénaliser les propos niant l'Holocauste, ou incitant à la haine raciale. "Il existe des limites à la liberté d'expression, il ne doit pas être possible en Europe de considérer l'Holocauste comme une chimère, et d'affirmer qu'il n'y a jamais eu six millions de juifs tués", estime Brigitte Zypries, la ministre allemande de la justice. Pour cette responsable sociale démocrate, il est temps de fixer des sanctions planchers, comprises entre un et trois ans d'emprisonnement, au libre choix des Etats membres.

La présidence allemande a "bon espoir" de mener à son terme une discussion lancée en 2001, et plusieurs fois bloquée faute d'atteindre l'unanimité requise entre les Etats membres pour adopter ce genre de décision-cadre. En 2005, sous présidence luxembourgeoise, c'est l'Italie de Silvio Berlusconi qui avait entravé toute perspective de compromis. L'arrivé au pouvoir de Romano Prodi, à Rome, entrouvre, d'après Berlin et la Commission européenne, une nouvelle fenêtre de tir.

Les discussions devraient cependant être animées entre deux camps aux positions divergentes. Certains pays, comme la France, l'Allemagne, l'Autriche ou l'Espagne, ont mis en place des dispositifs de lutte contre les propos racistes, plus ou moins sévères et efficaces. Mais d'autres, à l'instar du Royaume-Uni, de l'Irlande, et des pays scandinaves sont traditionnellement méfiants à l'égard de ce genre de législation : pour eux, c'est la liberté d'expression qui doit primer.

Ainsi, l'historien négationniste britannique David Irving vient-il de passer treize mois de prison en Autriche après avoir été condamné pour activités néo-nazies, alors qu'en Grande-Bretagne le négationnisme n'est pas un délit constitué. Libéré, il a été expulsé le 22 décembre 2006 vers Londres.

Le débat pourrait être compliqué par les nouveaux Etats membres : ces derniers pourraient être tentés, à l'instar des Etats baltes, de vouloir mettre sur le même rang la négation de l'Holocauste et celle des crimes staliniens. Une perspective clairement rejetée par Mme Zypries : "Il s'agit dans un premier temps de se concentrer sur la Shoah, estime-t-elle. Il ne faut pas oublier que la réflexion engagée en Europe trouve son origine dans la lutte contre le racisme."

La relance de ce projet trouve un écho particulier au Parlement européen. Martin Schulz, le chef allemand du groupe socialiste, a indiqué au Monde, mardi, qu'il est "totalement favorable à cette initiative". Car le projet est annoncé au moment où se crée au Parlement européen un groupe d'extrême droite, Identité, tradition, souveraineté (ITS), présidé par le Français Bruno Gollnisch (Front national), contre lequel le procureur de Lyon a requis, le 8 novembre 2006, 10 000 euros d'amende pour "contestation de l'existence de crime contre l'humanité".

M. Gollnisch, questionné mardi, au cours d'une conférence de presse à Strasbourg, sur le bien-fondé d'une loi européenne qui sanctionnerait la négation de l'Holocauste, a répondu : "Je me range du côté des historiens comme Pierre Vidal-Naquet et Madeleine Rebérioux, qui contestent au législateur le soin d'écrire l'histoire." Il a fait référence au débat français sur les "lois mémorielles" (génocide arménien, esclavage, ou loi Gayssot, dont l'un des articles vise à sanctionner la négation de crimes contre l'humanité), dont certains historiens demandent l'abrogation.

M. Schulz a expliqué, au cours d'une conférence de presse, qu'il refusera de voter "pour des gens qui disent qu'Auschwitz a été un détail de l'histoire ou que l'Holocauste n'a jamais existé", lorsque les représentants du groupe ITS seront candidats aux deux postes de vice-président de commissions auxquels ils ont droit au Parlement européen. Il demande à tous ses collègues de faire de même. Il n'a pour l'instant été suivi que par Daniel Cohn-Bendit, coprésident du groupe des Verts.

L'UMP Joseph Daul, président du groupe du Parti populaire européen (droite), doit "d'abord consulter (ses) 27 délégations nationales". Graham Watson, le président britannique des libéraux, refuse de donner des consignes, estimant que certains membres de ce groupe sont sûrement "moins inacceptables que d'autres".


Un article De Philippe Ricard et Rafaële Rivais paru dans Le Monde du 18.01.2007

Publié dans Revue de Presse

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