Ces Africains qui transitent par l'Algérie

Publié le par Le Blog du MRAP Fédération de Moselle

Selon la police, 8 000 Africains par an sont refoulés d’Algérie. Certains y restent, exploités par des patrons véreux. Un article de H.Z. dans le quotidien l'Humanité du 28.12.2006.

  Leur histoire ne fait pas la une des médias algériens. Les informations officielles annonçant l’interpellation de ressortissants africains en situation irrégulière et du nombre de personnes expulsées d’Algérie

figurent en pages intérieures de la presse, et ce alors même qu’on apprend par le biais d’un communiqué anodin que, entre 1992 et 2003, 28 828 immigrants clandestins originaires des pays d’Afrique subsaharienne ont été interpellés aux frontières sud de l’Algérie avant d’être refoulés. Ceux qui passent entre les mailles du filet parviennent à la suite d’un périple de 2 000 km, à partir de Tamanrasset, dans le Hoggar algérien, à rejoindre le nord de l’Algérie, tandis que d’autres se rendent vers la frontière ouest, à Maghnia, pour essayer de rejoindre Ceuta et Melilla, enclaves espagnoles en territoire marocain.

Selon Mohamed Naoui Sifi, commissaire principal de la police des frontières terrestres, cité par le quotidien Liberté, chaque année 8 000 Subsahariens sont refoulés d’Algérie, 600 cas de trafic de passeports, cartes de séjour, visas sont recensés et plusieurs réseaux de transports d’immigrés démantelés à la frontière sud. Même des immigrés originaires du Bangladesh, d’Inde et des Philippines ont été arrêtés, assure-t-il. Ce à quoi s’ajoutent ces drames de l’immigration comme ces Africains retrouvés abandonnés par leurs passeurs en plein Sahara, quand ils ne sont pas retrouvés morts, leurs cadavres livrés aux charognards.

Ce matin-là sur les hauteurs d’Alger, dans le quartier de Dely Ibrahim, ils sont quelques dizaines d’Africains attendant un éventuel employeur, souvent un petit entrepreneur du bâtiment. Ils sont embauchés pour 300 dinars (3 euros) par jour, sans aucune assurance sociale. « Ils bossent dur et ne rouspètent pas », fait remarquer, ravi, l’un de ces employeurs, venu embaucher une dizaine d’entre eux. Ces Africains travaillant pour un maigre salaire sont mal vus par certains travailleurs algériens du bâtiment payés 3 000 dinars par jour (30 euros). « À cause d’eux, on n’a pas de travail », grogne un maçon.

D’autres sont engagés comme homme à tout faire par ces nouveaux riches peuplant les hauteurs de la capitale algérienne. Ceux-là ont droit à un hébergement par les propriétaires de ces luxueuses villas, renoncent à immigrer vers l’Europe et finissent par s’installer. Plusieurs, en revanche, ont été victimes de patrons véreux. Non seulement ils étaient peu payés ou pas du tout, mais dénoncés à la police si d’aventure ils revendiquaient de meilleures conditions. Pire : ils logent dans des habitations précaires louées par des marchands de sommeil, sans eau potable ni électricité. Il y a encore ces Africains originaires de la région des Grands Lacs, pris en charge par l’UNHCR (Haut Commissariat de l’ONU aux réfugiés) et donc inexpulsables. Vivant en famille, ils ne comprennent pas le refus de scolarisation de leurs enfants dans les écoles algériennes.

La prostitution n’est pas en reste. Limitée jusque-là à la ville de Tamanrasset, elle gagne le nord de l’Algérie. Le soir, dès la tombée de la nuit, on voit sur certaines artères d’Alger de jeunes Africaines attendant le client sous la surveillance de proxénètes locaux. « Les plus belles, fait observer Abdelkrim, très au fait de cette situation, sont placées dans des filières à destination de l’Europe. » Plusieurs réseaux de prostitution mais aussi de drogue sont de temps à autre démantelés par la police algérienne qui, selon un officier de police, avoue que la priorité va à la lutte antiterroriste, « surtout depuis que des commissariats ont été récemment ciblés », fait-il observer.

Quant au trafic de drogue, contre la promesse de papiers, d’euros, de passage vers l’Europe, certains Africains se transforment en dealers au service des trafiquants locaux. D’autres, on en voit dans les rues d’Alger, dans le quartier Meissonnier, mais aussi à Belcourt, versent dans le commerce informel. Ils vendent de tout, des vêtements, des briquets, des lunettes de soleil. Bien vus par la population, ils se sont carrément installés.

Et puis il y a ces cordonniers africains que l’on voit dans certaines artères de la capitale, « les cordonniers du pauvre », disposant du matériel nécessaire, réparant les chaussures à des prix défiant toute concurrence ! Pour beaucoup de ces Africains en transit en Algérie, l’argent gagné est ensuite échangé contre des euros. De quoi payer un passeur afin, au péril de leur vie, gagner l’Europe par la mer ou via le Maroc en direction de Ceuta et Melilla.

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