Territoires palestiniens : "un désastre sans égal"

Publié le par MRAP Moselle

Les luttes fratricides entre le Fatah et le Hamas sont vivement critiquées par le quotidien palestinien Al-Hayat Al-Jadida. En s'entretuant, les Palestiniens ne font que desservir leur cause.
Un article de Courrier International 21.12.2006

    Récemment, la chaîne satellitaire Al-Jazira a diffusé un reportage sur les armes détenues par les factions palestiniennes. Cette émission avait provoqué la colère de beaucoup de gens qui considéraient qu'il n'y avait pas lieu d'accorder autant d'importance à ce sujet. Selon eux, ces armes palestiniennes ne pèsent pas lourd, face à l'arsenal militaire israélien pour lequel le Premier ministre Ehoud Olmert a reconnu, dans un lapsus délibéré, l'existence d'un volet nucléaire. Au même moment, Israël redoublait d'efforts pour que le monde entier parle des "roquettes" qui sont lancées par dizaines [de la bande de Gaza sur le territoire israélien] sans quasiment jamais faire de dégâts sérieux, si ce n'est en explosant à la figure des artificiers palestiniens eux-mêmes ou en provoquant des ripostes destructrices de la part d'Israël.

Puis, cette semaine, tout a changé. D'un coup, on s'est rendu compte que les armes palestiniennes étaient réellement dangereuses et pouvaient réellement tuer. Car, dimanche dernier, elles se sont retournées contre nous-mêmes. [Après l'annonce, samedi, d'élections anticipées par le président Mahmoud Abbas, de violents heurts ont éclaté entre les partisans du Fatah et ceux du Hamas]. Et, le dimanche 17 décembre, quand elles ont visé le camp d'entraînement de la garde présidentielle, elles ont, cette fois-ci, bel et bien atteint leurs cibles.

L'amère vérité, c'est que ces armes ne sont efficaces et ne tuent que des Palestiniens, comme si nous n'avions pas suffisamment d'ennemis extérieurs pour nous tirer dessus ! Dimanche dernier, ces ennemis se sont frotté les mains d'avoir obtenu une attestation de bonne conduite. Pourquoi, en effet, devraient-ils craindre le reproche de tuer des Palestiniens si ces derniers s'appliquent à s'entretuer tous seuls ? Comment expliquer ce renversement de la situation à notre détriment, au détriment de notre image, de nos intérêts, de notre rêve juste et sacré ?

Les scènes de combats entre Palestiniens risquent d'effacer de la mémoire mondiale les images édifiantes de nos enfants affrontant à mains nues les chars de l'occupant israélien. Nos enfants de l'Intifada des pierres [de fin 1987 à 1991] n'ont-ils grandi que pour retourner leurs armes contre leur propre peuple, hypothéquant leur propre avenir, souillant leur honneur et piétinant leur gloire d'anciens héros ? Nous assistons à un désastre sans égal.

Nous sommes un petit peuple vivant sur un bout de terre exigu, lourdement chargé de blessures infligées par nos ennemis et souffrant d'un blocus international. Nous devons cesser de miser sur des pays qui sont eux-mêmes en échec [l'Iran et la Syrie] et qui ne sont même pas capables de faire le bonheur de leur propre peuple. S'ils étaient généreux, ils ne tyranniseraient pas leurs propres citoyens ; s'ils étaient vraiment de bon conseil, ils ne seraient pas traités comme des parias par la communauté internationale. Renouons avec nos valeurs et notre véritable identité, avec l'image que nous voulons vraiment présenter au monde. Que le diable, quand il veut souffler sur la braise, ne trouve que la cendre !


Yahya Rabah du quotidien Al-Hayat Al-Jadida (Ramallah)

Publié dans Proche et Moyen-Orient

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