Le FN avance ses pions au parlement européen

Publié le par MRAP Moselle

Isolé dans l’hémicycle du Parlement européen, le parti de Jean-Marie Le Pen souhaite profiter de l’arrivée de nationalistes de Roumanie et de Bulgarie pour créer un groupe d’extrême droite.

    L’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’Union européenne, le 1er janvier prochain, va-t-elle permettre au Front national de créer autour de lui un groupe politique d’extrême droite au Parlement européen ? L’arrivée d’une poignée de députés ultranationalistes parmi les 53 parlementaires qui vont représenter les deux nouveaux États membres dans l’hémicycle de Strasbourg, pourrait permettre au parti français et à ses alliés de remplir les critères requis pour constituer un groupe : compter au moins 19 députés, issus d’au moins cinq pays différents. Actuellement, le FN n’est membre d’aucun groupe et ses élus siègent, par défaut, parmi les « non inscrits ».

Former un groupe parlementaire

« Être membre d’un groupe rapporte de nombreux avantages, surtout au plan matériel : des bureaux, du personnel supplémentaire, des crédits pour organiser des conférences, souligne Maria D’Alimonte, secrétaire général du groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE). Il y a aussi des crédits pour organiser des campagnes d’information sur l’activité des députés. ».

 Sur un plan institutionnel, les groupes se partagent les postes de responsabilité, comme les présidences ou les vice-présidences de commissions parlementaires, et les rapports sur les directives. « Avoir un groupe offre un temps de parole plus important en séance et le droit de participer à la Conférence des présidents de groupe, qui fixe les grandes lignes des travaux du Parlement », précise Maria D’Alimonte.

Le projet de créer un groupe est un objectif de longue date au sein du FN. Au lendemain des élections européennes de juin 2004, le Front national a fait le constat de son isolement au sein du PE, dû à la personnalité de son leader : connu dans toute l’Europe, Jean-Marie Le Pen traîne une réputation sulfureuse qui a conduit une formation aussi radicale que le Parti du peuple danois à prendre publiquement ses distances avec lui avant plusieurs échéances électorales.

À Strasbourg, lême droite est donc fractionnée en trois grands blocs. Les souverainistes ont créé leur groupe, Indépendance et démocratie (ID), ensemble hétérogène de 28 élus dont le MPF de Philippe de Villiers, l’UKIP britannique et la Ligue des familles polonaises (LPR, nationaliste et ultra-catholique). Des formations populistes, dont le Parti du peuple danois, ont pu intégrer le groupe Union pour l’Europe des Nations (UEN) qui agrège surtout des partis de la droite « dure » comme les Polonais du PiS (conservateurs, parti au pouvoir) et les anciens néofascistes d’Alliance nationale (Italie).

Ceux dont personne ne voulait sont restés « non inscrits ». Parmi eux, le FN donc (7 élus), le Vlaams Belang belge (3), le FPÖ autrichien (1) ou encore la Ligue du Nord italienne (4). Ils travaillent depuis plusieurs mois avec cinq députés « observateurs », c’est-à-dire désignés par leur parlement national afin de découvrir la mécanique communautaire : quatre membres de Romania Mare, un parti qui milite pour la « Grande Roumanie » et le retour de territoires aujourd’hui situés en Ukraine ou en Moldavie, et un représentant du parti de l’extrême droite bulgare Ataka, violemment hostiles aux minorités turque et rom. Comme la grande majorité des observateurs, ces cinq députés, bien que non élus au suffrage universel, vont conserver leur poste d’ici les élections européennes de 2009.

A la recherche d’une respectabilité

Le projet de former un groupe a réellement pris corps en novembre 2005 à Vienne, à l’issue d’une réunion auxquels la plupart des partis « non inscrits » participaient. Bruno Gollnisch, qui pilote le dossier pour le FN, notait en décembre 2005 dans la parution Identités, dédiée à son action de député européen, que le projet de groupe avait été « longuement abordé » à Vienne et qu’« avec les adhésions roumaines et bulgares, l’objectif redevient réalisable ». La réunion avait aussi permis aux partis concernés de signer une « déclaration de Vienne » régissant les principes du travail en commun.

Il y a quatre semaines, la « Fête des Bleu-Blanc-Rouge », où la plupart des formations déjà citées étaient invitées, a marqué une nouvelle étape. Carl Lang, vice-président du FN, a pu alors dire que le groupe pourrait être créé « probablement en janvier » (le Monde du 12 novembre). Il semblerait aujourd’hui que le FN tente d’attirer d’autres députés isolés au PE, dont Alessandra Mussolini, jusque-là réticente à se rapprocher du FN, un autre député Italien du MSI (néofasciste), trois dissidents de la LPR polonaise, un élu nationaliste grec, un autre britannique. D’autres formations, comme les populistes polonais de Samoobrona, auraient décliné l’invitation.

« Pour le Front national, la création d’un groupe serait une opération réussie, permettant de montrer, à quelques mois des élections françaises, que le parti n’est pas isolé, remarque le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite en Europe. Mais dans le même temps, le fait que les grands partis populistes qui tentent d’accéder au gouvernement dans leur pays refusent, pour des questions d’image, de s’allier au FN oblige le Front à aller vers des partis beaucoup plus radicaux. Au final, la constitution de ce groupe politique pourrait donner la preuve que la stratégie de respectabilisation du FN, c’est du flan », conclut Jean-Yves Camus.


Source : Paul Falzon, quotidien l'Humanité, 06.12.06


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