Foot : Enquête sur la "famille" des Boulogne Boys

Publié le par Le Blog du MRAP Fédération de Moselle

Article de Luc Bronner sur les supporters ultra PSG.Le Monde 28.11.06
   
  Les Boulogne Boys ont ouvert un registre posthume virtuel sur Internet pour rendre hommage à l'un des leurs, Julien Quemener, tué jeudi 23 novembre par un policier qui cherchait à protéger un supporter de confession juive après le match PSG-Hapoël Tel Aviv. Quelque 500 messages de soutien ont été déposés en trois jours sur le site de ce groupe radical, réputé proche de l'extrême droite, essentiellement par des fans du PSG mais aussi par d'autres ultras français ou européens.

Le registre traduit l'émotion et la colère de la "famille ultra" pour qui la "victime", porteuse, selon un site internet proche du mouvement hooligan (pariscasuals.com), de la "carte 255" des Boulogne boys, a été transformé en "coupable". Claude, 18 ans, membre des "BB85" (référence à la création du mouvement en 1985), un des groupes qui occupe la tribune Boulogne au Parc-des-Princes, exprime ainsi sa solidarité avec le supporter tué et sa colère face à la justice, à la police, aux hommes politiques et aux médias. "Courage à sa famille et à ses proches", a-t-il simplement écrit sur le registre.

Dans le mouvement ultra depuis cinq ans, Claude, intérimaire, nous dit avoir "immédiatement apprécié" cet univers. Comme tous ses camarades, il a exigé de témoigner sous couvert de l'anonymat et en changeant son prénom. "Les valeurs qui y sont représentées ne sont nulle part ailleurs", explique-t-il, par mail, en évoquant "l'honneur", la "fierté", le sentiment d'appartenir à un groupe et "l'amitié qui se crée entre les membres qui devient au fil du temps une grande famille". Lui affirme ne pas participer aux actes de violence commis par "certains" mais seulement souhaiter défendre "ses valeurs, ses racines, sa région, son honneur, son club".

Membre des "Boys", Franck, 20 ans, étudiant, évoque la "ferveur inépuisable" de la tribune. "Un Boys ne meurt jamais. RIP (Repose en paix). Un Boys qui te salue", a-t-il écrit sur le registre. "Un groupe ultra, c'est une famille. On peut ne vivre que de ça", nous indique-t-il, plus tard, par courrier électronique, en racontant qu'il est d'abord venu au KOB (kop of Boulogne) pour "l'ambiance".

Hervé, cadre de 29 ans, parle de fraternité dans les tribunes. Lui fréquente les "Boys" depuis une dizaine d'années et appartient à l'association depuis six ou sept ans. "Je suis passé par toutes les tribunes mais c'est à Boulogne que j'ai trouvé la mentalité qui me plaît", déclare-t-il au cours d'un entretien par messagerie instantanée.

L'association des Boulogne Boys, qui compterait environ un millier de membres, selon la police, revendique ce fonctionnement clanique et l'"amour du groupe", vanté dans les tracts distribués dans le "bloc B3" de la tribune Boulogne lors du premier match de championnat, en août. "Après avoir franchi le premier pas du cartage, il vous faudra avant tout vous intégrer dans le groupe, le comprendre et surtout respecter sa philosophie", avertissait ce numéro de La Voix des Boys, imprimé sur une feuille A4 par l'association. Celle-ci assure se financer grâce aux adhésions (15 euros par an) et à la vente de "matos", des produits dérivés, siglés Boulogne Boys.

Les règles d'engagement des "Boys" sont rappelées dans la "charte" interne. "Que cela soit au Parc (des Princes), mais surtout en déplacement, le groupe peut régulièrement être sous la menace. De la petite altercation à l'agression, tout le monde doit se sentir concerné, indique le texte, distribué à chaque nouvel adhérent. Le groupe, c'est tout le monde. Pas question pour certains de partir, à leur guise, seul de leur côté et pas question pour d'autres de laisser certains se démener seuls. L'union doit être le maître mot, les Boulogne Boys ne doivent être qu'un."

L'association, dont le logo est une tête de mort, se déclare "apolitique". Les Renseignements généraux considèrent néanmoins que les Boulogne Boys abritent l'une des franges les plus dures des supporteurs du PSG, avec une trentaine d'individus classés parmi les plus dangereux (Le Monde du 25 novembre). Des membres du kop de Boulogne (le "kop" est l'emplacement dans le stade où se réunissent les supporteurs ultras) ont récemment été condamnés, début novembre, pour avoir agressé des Français d'origine sénégalaise en marge du match Le Mans-PSG.

Sur le registre posthume, les références extrémistes sont nombreuses. Plusieurs signataires ont ainsi choisi des pseudos comprenant le chiffre 88 - une double référence à la huitième lettre de l'alphabet (H) pour signifier "Heil Hitler". Un nombre important de messages reprennent aussi l'acronyme ACAB, qui signifie "All cops are bastards" (tous les flics sont des bâtards), un des signes de reconnaissance de la mouvance hooligan, porté à l'origine par des skinheads. Des ultras de l'AS Rome, de l'Inter Milan, du Sparta de Prague, de clubs allemands, espagnols, néerlandais, serbes sont d'ailleurs venus témoigner de leur soutien sur le registre.

Membre "actif", c'est-à-dire particulièrement impliqué, Hervé refuse l'étiquette d'extrême droite mais parle d'une tribune "patriote". "On aime la France, on est fiers d'être parisiens", explique ce cadre en entreprise. Nicolas, 18 ans, étudiant dans le domaine paramédical, supporteur du PSG depuis l'âge de 7 ans, abonné à Boulogne depuis l'âge de 13 ans, membre des "Boys" depuis cette année, dit n'avoir "jamais fait de cris de singe" ou "insulté un Arabe ou un Noir".

"Je ne refuse pas la vérité concernant une partie de la tribune, mais qui tend à devenir de plus en plus faible. Je suis français, j'habite en banlieue calme, je n'ai rien contre personne, ni les étrangers, ni les gens de couleur, ni les jeunes de banlieue", souligne le jeune homme.

Franck reconnaît que des skinheads venaient dans la tribune mais il assure qu'ils ont presque tous disparu. Le mouvement reste néanmoins tourné "vers l'extrême droite", indique-t-il : "De plus en plus, il y a entre jeunes une violence anti-Blancs. Nous, nous condamnons ça en disant que la France, c'est notre pays." Les Boulogne Boys s'étaient d'ailleurs violemment affrontés, en 2005, avec un autre groupe, les Tigris, qui rassemblent des jeunes issus de l'immigration au Parc des Princes.

"Olive", originaire de Paris, et membre de la "famille Boulogne", reprend un argumentaire similaire. Sur le registre, il s'adresse directement à Julien Quemener : "Tu étais la cible idéale : blanc et membre de la tribune Boulogne. Aucune association, aucun lobby ne te défendra", écrit-il en signant "Kop of Boulogne. Honneur, fidélité". Un autre camarade, dont le pseudonyme est Ingomer, dit prier pour la victime, reprenant une sémantique classique à l'extrême droite : "Tu es mort en martyr, victime de la barbarie anti-française, "laïque" et républic-haine." Les "Boys" promettent de poursuivre l'hommage à Julien Quemener lors du prochain match au Parc des Princes, contre Toulouse, dimanche 3 décembre.


Publié dans Actualités

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article