Mgr Sabbah : « La communauté internationale doit réagir »

Publié le par Le Blog du MRAP Fédération de Moselle

Un entretien avec Mgr Sabbah réalisé par Damien Roustel. Paru dans l'édition du 10.11.06 du quotidien l'Humanité

  Gaza. En visite en France, Monseigneur Sabah, patriarche latin de Jérusalem, un Palestinien chrétien nommé par Jean-Paul II en 1987, revient sur le massacre de Beit Hanoun (18 morts).

Dix-huit civils ont été tués mercredi par l’armée israélienne à Beit Hanoun, dans le nord de Gaza. Quel est votre sentiment sur cette tuerie ?

Mgr Sabbah. Ce massacre n’est pas le premier à Gaza. Ce qui est dramatique, c’est qu’on ne tire pas des leçons des précédentes attaques. Israël a le droit de se défendre. C’est un principe indiscutable. Chaque État, chaque peuple a le droit de se défendre. Mais la politique d’Israël est contre-productive car elle génère plus d’insécurité. Les crimes de Gaza vont nourrir un désir de vengeance. Des violences palestiniennes vont succéder aux violences israéliennes. C’est le cycle habituel. Le chemin qui conduit à la sécurité est simple : il faut arrêter d’opprimer celui qui vit à côté de vous. C’est cette oppression qui provoque l’insécurité actuelle. Redonnez à un peuple toute sa dignité et sa liberté et celui-ci n’aura plus envie de vous envoyer des roquettes. Tant que l’oppression durera, il y aura des réactions violentes.


Ces réactions violentes peuvent-elles comprendre des attentats suicide ?

Mgr Sabbah. Tout est possible parce que les gens à Gaza sont des morts-vivants. Ils sont privés de tout. Ils n’ont plus rien à perdre. Comme quelque part ils sont déjà morts, ils n’ont plus peur de la mort.

Que doit faire la communauté internationale ?

Mgr Sabbah. J’espère qu’elle va condamner ce massacre. Mais cela sera encore une condamnation de plus. Il faut que la communauté internationale, qui a donné naissance à toute cette tragédie au début du siècle dernier, prenne ses responsabilités. Elle doit mettre fin à la guerre. Elle ne peut pas laisser des gens mourir. Elle doit réagir. Des mesures sont nécessaires. Il faut recourir à tous les moyens possibles. Le but n’est pas de punir Israël mais de parvenir à la paix.

Quel est l’objet de votre visite à Paris ?


Mgr Sabbah. Ma visite est organisée par le Secours catholique, Pax Christi dont je suis le président international, et par diverses ONG françaises. Le but est de parler de Jérusalem car cette ville est au coeur du conflit. Si on veut trouver une solution, il faut commencer par Jérusalem. C’est le dossier le plus difficile. Il faut donc s’y atteler en priorité. Quelle solution pour Jérusalem ? Il faut se pencher sur le passé pour obtenir une réponse. Il y a toujours eu des juifs, des musulmans et des chrétiens dans cette ville. Le message que j’ai délivré aux autorités françaises est que ces trois communautés doivent vivre à Jérusalem et être traitées d’égales à égales. Israël ne doit pas gouverner seul. Deux solutions sont possibles. La première est de faire de Jérusalem une ville unie dont le gouvernement serait partagé entre Israéliens et Palestiniens. Si cette solution n’est pas possible, on peut alors diviser la ville entre des quartiers palestiniens et israéliens.

Pensez-vous que les juifs, les chrétiens et les musulmans peuvent administrer cette ville ensemble ?

Mgr Sabbah. Je le crois car ces peuples ont vécu ensemble autrefois. Les trois communautés seront capables de vivre ensemble pacifiquement dès lors que les droits de chacun seront respectés. Palestiniens et Israéliens doivent être égaux. Personne ne doit être humilié. La thèse actuelle des Israéliens pose problème. Pour eux, les deux peuples ne peuvent pas vivre ensemble. Moi je dis qu’on peut et on doit vivre ensemble.


Quelles sont les conséquences de la construction du mur pour les habitants de Jérusalem ?

Mgr Sabbah. Le mur divise tout simplement des quartiers. Le résultat est que des Palestiniens n’ont plus accès à leurs écoles ou à leurs hôpitaux. Les Palestiniens ont été exclus de la cité. Ils ne sont plus citoyens de Jérusalem. Ils n’ont plus le droit d’y habiter. Ils ont été éloignés des lieux saints. Et tout cela sans aucune compensation. Du temps de la Jordanie, avant la guerre de 1967, Jérusalem était déjà une ville divisée mais les Palestiniens avaient un accès à la Jordanie. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. La Jordanie reste fermée. Du coup, ils vivent dans un ghetto, une prison.

Philippe Douste-Blazy, le ministre des Affaires étrangères qui vous a reçu hier après-midi, a déclaré que le mur aurait réduit de 80 % les attentats et que par conséquent il avait son utilité. Qu’en pensez-vous ?


Mgr Sabbah. Je ne crois pas que cela soit vrai. Si les attentats palestiniens ont diminué, ce n’est pas grâce à la construction de ce mur mais parce que les Palestiniens ont décidé de faire une pause. Au contraire, le mur est un facteur qui va augmenter l’insécurité. L’exclusion et l’oppression engendrent la haine. Et la haine débouche sur la violence.


Publié dans Proche et Moyen-Orient

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