La Halde se saisit de l'affaire des employés musulmans de Roissy

Publié le par MRAP Moselle

     La Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde) s'est autosaisie de l'affaire des retraits de badges dont ont été l'objet plusieurs dizaines d'employés musulmans de Roissy, en raison de "présomptions de discrimination".

Autorité administrative indépendante créée en 2004, la Halde a pour mission de lutter contre les discriminations, d'accompagner les victimes et de promouvoir les pratiques qui concourent au principe d'égalité. Elle dispose de pouvoirs d'investigation pour instruire les dossiers.

Parce qu'ils présentent "une vulnérabilité pour la sûreté de l'aéroport", selon l'Unité centrale de lutte antiterroriste (Uclat), des employés de l'aéroport, dont une "majorité de musulmans", ont reçu un courrier leur retirant leur habilitation à travailler en zone sous-douane sur décision de la préfecture de Seine-Saint-Denis. Une précaution, selon le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy : "Je ne peux pas accepter, a-t-il déclaré, que des gens qui ont une pratique radicale travaillent sur une plateforme aéroportuaire."

"La cause de M. Sarkozy est juste, mais ses méthodes ne le sont pas", ont répliqué Daniel Saadat, défenseur des bagagistes, et Eric Moutet, avocat de la CFDT, qui a porté plainte pour discrimination.

Le parquet de Bobigny a confié une enquête préliminaire à la brigade de répression de la délinquance de la personne. Neuf employés musulmans ont déposé des référés devant le tribunal administratif de Cergy (Val-d'Oise) pour suspendre la décision de la préfecture. Le MRAP redoute que l'esprit de "discrimination" ait prévalu dans cette décision. "Le fait d'être musulman pratiquant n'est absolument pas un critère", se défend le sous-préfet de Roissy, invoquant des informations des services de renseignement traitées par l'Uclat.

En avril, Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France (MPF) et candidat déclaré à l'élection présidentielle, avait publié Les Mosquées de Roissy (Albin Michel), un ouvrage controversé dénonçant l'existence de salles de prières musulmanes officieuses et une infiltration islamiste à Roissy (Le Monde du 26 avril).

Quatre mois plus tard, le ministère de l'intérieur annonçait que "tous les lieux de cultes officieux" avaient été fermés.



Publié dans Discrimination

Commenter cet article