Angleterre : une enseignante refuse de retirer son voile

Publié le par MRAP Moselle

Un article de Jean-Pierre Langellier correspondant à Londres du quotidien Le Monde. Paru le 22.10.06

L'obstination de l'enseignante voilée embarrasse
   
Aishah Azmi entend obtenir raison. La jeune institutrice auxiliaire britannique suspendue pour avoir refusé de retirer en classe son voile islamique intégral - qui ne laisse apparaître que les yeux - va faire appel de son procès perdu aux prud'hommes (Le Monde du 17 octobre).

Le tribunal avait refusé, jeudi 19 octobre, de la tenir pour victime d'une "discrimination" ou d'un "harcèlement". Les juges ont accepté l'argument selon lequel les enfants comprenaient mal ses cours lorsqu'elle était voilée. Ils lui avaient toutefois accordé un dédommagement de 1 100 livres (1 641 euros) pour "blessure morale". En attendant, elle reste suspendue de son poste, tout en continuant d'être rémunérée.


Aishah Azmi, jeune institutrice auxiliaire britannique suspendue
pour avoir refusé de retirer en classe son voile islamique intégral,
lors d'une conférence de presse à Leeds, en Grande-Bretagne, le 19 octobre.
Photo : AP/John Giles

Son avocat a justifié sa décision de faire appel parce que cette affaire explore, selon lui, "une nouvelle zone du droit de la discrimination religieuse" qui mérite d'être approfondie "devant une plus haute instance". A Dewsbury, ville où elle enseignait, l'institutrice est loin de faire l'unanimité parmi les musulmans. Le député travailliste local, d'origine pakistanaise, Shahid Malik, connu pour ses vues modernistes, souligne qu'elle est "très isolée" et lui conseille de "laisser tomber" et d'accepter le jugement du tribunal.

"MARQUE DE SÉPARATION"

L'une des dirigeantes du Conseil musulman de Grande-Bretagne, Reefat Drabu, estime que l'enseignante, par son intransigeance, "exacerbe les malentendus" à propos de l'islam et "porte une responsabilité sur ce qui peut arriver aux autres musulmans du pays".

Cette affaire embarrasse David Cameron, chef réformiste du Parti conservateur, soucieux de ne pas attiser un débat qui trouve un écho dans la frange la plus traditionaliste de son électorat. Il a déploré que les politiciens "en rajoutent", au risque de donner le sentiment aux musulmans qu'ils sont devenus une "cible".

M. Cameron avait à l'esprit l'enchaînement des déclarations de leaders travaillistes de ces derniers jours, la plupart en soutien à Jack Straw, le ministre à l'origine de la controverse en cours sur le voile. Tony Blair avait estimé que le voile est "une marque de séparation" qui "met mal à l'aise" les non-musulmans. Il avait salué l'ouverture d'un débat à son sujet.


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