Gillo Pontecorvo, l'auteur du film culte "la bataille d'Alger" est mort.

Publié le par MRAP Moselle

Gillo Pontecorvo, cinéaste italien est décédé jeudi dernier à l'âge de 83 ans. Il a réalisé l'un des premiers films sur la "guerre d'Algérie", film qui a remporté le Lion d'Or du Festival de Venise 1966 : La Bataille d'Alger.  Un film en noir et blanc, sec, quasi documentaire, sans concession. Un film avec peu de dialogues mais très parlant. Gillo Pontecorvo, un militant, un cinéaste militant.
Ci dessous, un article de Mustapha Hammouche du quotidien algérien d'expression française "Liberté" paru samedi 14 Octobre 2006.

Alger pleure Pontecorvo
  Connu en Algérie, mais aussi dans le monde pour être le réalisateur de La Bataille d’Alger, Gillo Pontecorvo est décédé, avant-hier à Rome, à l’âge de quatre-vingt-trois ans

Né en 1919 à Pise, Pontecorvo a grandi avec la montée du fascisme. Militant de gauche et partisan antifasciste, le futur cinéaste choisit, au moment où la seconde guerre mondiale éclatait, d’être journaliste. Mais juste après la guerre, il découvre la force de témoignage du cinéma en regardant Paisa de Roberto Rossellino, une œuvre en six nouvelles qui décrit l’état de l’Italie en guerre. Il abandonne son métier de journaliste pour le cinéma. Après quelques documentaires, il tourne son premier film en 1955.  Avec Kapo, un sujet tourné en 1959 sur les atrocités nazies des camps de concentration, ce juif italien rapproche, par sa technique, la fiction de la réalité. Cette qualité documentaire que Pontecorvo donne au cinéma se vérifiera de manière plus frappante dans la Bataille d’Alger.  Réalisé en 1965, sans acteurs professionnels, sinon le seul Jean Martin dans le rôle du colonel Mathieu, le film, tourné en noir et blanc, multiplie les scènes brèves et frappantes de réalisme. Le travail de reconstitution des faits autour de la guérilla urbaine, qui a mis aux prises les combattants du FLN avec des paras français à Alger, fait penser aux Actualités, documentaires succincts et informatifs qui, à l’époque, étaient proposés dans les salles de cinéma en prélude à la projection de films. La qualité du scénario composé par Franco Solinas, sur la base du récit de Yacef Saâdi, n’est certainement pas étrangère à la maîtrise des événements historiques.

Le film a justement posé problème en France parce qu’il était trop proche de la réalité. La délégation française boycotte sa projection à la Mostra de Venise de 1966 où l’œuvre décroche le Lion d’or.  La Bataille d’Alger est interdit en France jusqu’en 1971, année où il fut brièvement remis en circuit avant d’être retiré à nouveau. Il faut attendre 2003 pour que le film passe sur la chaîne câblée Public Sénat, suivi d’un débat avec Yacef Saâdi, puis 2004 pour qu’il participe à une exposition à Cannes (Cannes Classics) et qu’il retrouve les salles. Depuis, le film connaît une nouvelle vie. Une version entièrement remise est montrée, avec un certain triomphe, dans les salles nord-américaines et un DVD est produit. Le Pentagone, convaincu du réalisme du film, le fait projeter par l’armée américaine à la veille de l’offensive contre l’Irak. Probablement pour tirer les leçons des erreurs françaises en matière de guérilla urbaine.

Il est juste de signaler que Gillo Pontecorvo avait conçu un projet de film sur la guerre d’Algérie, intitulé Paras, et songeait donc à sa réalisation avant même d’être sollicité par Casbah Films. La Bataille d’Alger constitue avec Quemada, tourné en 1969 et qui traite aussi du colonialisme (dans les Antilles), l’œuvre phare de Gillo Pontecorvo.
Cet homme engagé qui croyait à la possibilité d’un cinéma de lutte, de vérité et de mémoire, venu d’Italie, nous lègue, de l’avis partagé, le meilleur film sur la guerre d’Algérie.


Publié dans Actualités

Commenter cet article