Effet de serre : l'accélération massive de la disparition de la banquise arctique déclenche une alerte planétaire

Publié le par MRAP Moselle

Certes, les questions relatives à l’écologie ne sont pas du domaine du MRAP, qui a pour vocation d’agir contre le racisme et pour une meilleure entente entre les peuples. Mais en tant que citoyens et citoyennes du monde, nous sommes concernés par le devenir d’une planète qui fait face à des changements climatiques que les spécialistes considèrent désormais comme particulièrement inquiétants. De nombreuses études font en effet apparaître une accélération importante de ces phénomènes. La sonnette d’alarme est tirée. Autant le savoir…

Un article de Michael McCarthy et David Usborne publié dans le quotidien britannique The Independent, le 15 septembre 2006. Article original: "Massive surge in disappearance of Arctic sea ice sparks global warning "

      La fonte de l'Arctique s'accélère... la banquise disparaît plus vite que jamais auparavant... les ours polaires sont confrontés à l'extinction...et les climatologues américains de premier plan avertissent que nous ne disposons que d'une décennie pour sauver la planète

La fonte de la banquise arctique, le signe le plus visible jusqu'à présent du réchauffement planétaire, vient de faire un soudain et énorme bond en avant, dans l'un des développements les plus menaçants à ce jour dans le commencement du changement climatique. Deux études séparées de la NASA, utilisant différentes technologies de surveillance par satellite, montrent toutes deux une très grande accélération, depuis deux ans, de la disparition de la couche de glace arctique.

La première étude, celle du Jet Propulsion Laboratory, en Californie, montre que les glaces éternelles de la banquise arctique, qui, normalement, survivent à la saison estivale des fontes et subsistent toute l'année, se sont réduites de 14% en seulement 12 mois, entre 2004 et 2005.

La réduction générale de la couverture glaciaire en une seule année a été de 720.000 km²- c'est une surface proche de la taille de la Turquie qui a disparu.

L'autre étude, celle du Goddard Space Flight Centre, dans le Maryland, montre que la vitesse de fonte des glaces éternelles, qui a été en moyenne de 0,15% par an depuis le début des observations par satellite en 1979, s'est soudainement accélérée de façon considérable. Lors des deux derniers hivers, ce taux s'est accru de 6% par an - c'est à dire de 30 fois.



évolution de la fonte des glaces au Pôle Nord (clichés pris en : 1979, 1987, 1996 et 2005)

Ces changements alarment les scientifiques et les spécialistes de l'environnement, parce qu'ils excèdent de beaucoup le taux auquel les modèles des superordinateurs sur le changement climatique prédisent la fonte de la banquise sous l'influence du réchauffement climatique - qui était déjà assez rapide.

Si le changement climatique n'est pas freiné [selon les anciens modèles], la banquise disparaîtra totalement d'ici 2070 et les gens pourront naviguer jusqu'au pôle nord. Mais si ces nouveaux taux de fonte sont confirmés, la banquise aura disparu entièrement [bien avant 2070 ; en fait], plusieurs décennies plus tôt.

Les implications sont colossales. Cela signifie l'extinction naturelle - durant la vie de nos enfants - de l'une des créatures les plus majestueuses du monde, l'ours polaire, qui a besoin de la glace pour chasser les phoques.

Cela signifie qu'un mécanisme de "réaction" mortelle est possible, accélérant le réchauffement climatique, parce que la surface de l'océan Arctique, aujourd'hui dans l'obscurité, absorbera la chaleur du soleil plutôt que de la refléter, comme la couverture glaciaire le fait aujourd'hui - et, par conséquent, le monde sera encore plus chaud.

Mais, par-dessus tout, ces nouveaux développements viennent s'ajouter à la préoccupation croissante selon laquelle le changement climatique, en tant que processus, commence à se dérouler beaucoup plus vite que ce que les scientifiques pensaient, ne serait-ce que cinq ans en arrière, lorsque la Commission Intergouvernementale de l'Onu sur le Changement Climatique a publié son dernier rapport.

"Les dernières études, d'une longue série récente, nous disent toutes que le changement climatique est plus rapide et plus méchant que ce que nous pensions", déclare Tom Burke, un ancien conseiller écologiste du gouvernement [britannique] et à présent professeur associé à l'Imperial College de Londres. "Un abîme est en train de se creuser entre la vitesse à laquelle le climat change et celle à laquelle les gouvernements y répondent.

"Nous devons cesser de penser que ceci n'est qu'un autre problème environnemental qui pourra être traité lorsque le temps et les ressources le permettront. Et nous devons réaliser que ceci est une menace de plus en plus préoccupante contre notre sécurité et notre prospérité".

Le 14 septembre, Jim Hansen, le chef climatologue et directeur du Goddard Institute for Space Studies, à New York, a émis une alerte de type "c'est maintenant ou jamais" aux gouvernements du monde entier, y compris le sien, leur disant qu'ils doivent prendre des mesures radicales pour éviter une catastrophe environnementale planétaire. Il a déclaré qu'il n'était plus viable pour les nations d'adopter la position "on ne change rien" sur la consommation des carburants fossiles.

"Je pense que nous avons une fenêtre d'opportunité très brève pour nous occuper du changement climatique... pas plus de dix ans, au maximum", a-t-il déclaré.

Au début de son premier mandat, le Président George Bush a sorti les Etats-Unis du Traité de Kyoto, destiné à obliger les nations à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Cependant, l'opinion aux Etats-Unis commence à changer, ainsi que le prouve l'énorme succès du documentaire sur le changement climatique, "An Inconvenient Truth" [Une Vérité qui Dérange], raconté par l'ancien vice-président des Etats-Unis, le Sénateur Al Gore.

Ces deux études de la Nasa sur l'Arctique, publiées simultanément, innovent en traitant des glaces éternelles plutôt que des glaces "saisonnières" du bord de la banquise, qui fondent chaque été.

Les inquiétudes sur le taux de fonte se sont, jusqu'à présent, focalisées sur les glaces saisonnières, dont la disparition estivale et le retrait des masses terrestres du Canada arctique et de la Sibérie est de plus en plus évidente. En septembre 2005, Leur niveau de retrait a été le plus élevé enregistré à ce jour. Un tel rétrécissement des glaces éternelles n'a jamais été montré auparavant. "C'est alarmant", a déclaré Joey Camiso, qui a conduit l'étude Goddard. "Nous avons assisté à la réduction de la banquise au taux de 6% l'an sur les deux seuls derniers hivers, le plus probablement en résultat au réchauffement causé par les gaz à effet de serre".

Le Dr Son Nghiem, qui a dirigé l'équipe qui a conduit l'étude du Jet Propulsion Laboratory, a déclaré que lors des années précédentes, il y avait eu quelques variations dans l'étendue des glaces éternelles arctiques. "Mais c'était moindre et plus localisé", a-t-il dit. "Toutefois, le changement que nous avons vu entre 2004 et 2005 est gigantesque". Le professeur britannique, Julian Dowdeswell, directeur du Scott Polar Research Institute de Cambridge, est d'accord pour dire que les changements montrés dans les études américaines étaient "colossales", ajoutant : "Il reste à voir si ce taux de transformation sera maintenu dans les années à venir".

La fonte de la glace arctique en elle-même ne contribuera pas à la montée des océans. En effet, la glace qui flotte déplace déjà sa propre masse dans l'eau. Lorsque le glaçon fond dans votre verre, le liquide qui y est contenu ne monte pas.

Mais, il y a des volumes immenses de glace terrestre - les couvertures glaciaires du Groenland et de l'Antarctique, ainsi que les glaciers de montagne - qui sont sujets à des montées de température identiques à celles de la glace arctique et qui ont aussi commencé à fondre. Ils augmenteront le niveau des océans. La Couverture Glaciaire de l'Antarctique Occidental, si elle venait à s'effondrer, ferait monter le niveau des océans dans le monde entier de 5 mètres, submergeant de grandes parties du Bengladesh et de l'Egypte - et de Londres.



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