Bengladesh : le changement climatique est une question de vie ou de mort

Publié le par MRAP Moselle

Par Sabihuddin Ahmed, Haut Commissaire pour le Bengladesh et ancien secrétaire permanent du Ministre de l'Environnement du Bengladesh. Publié le 15 septembre 2006 dans la quotidien britannique The Independent.
Article original : "For my people, climate change is a matter of life and death"

   Pour la plupart des occidentaux, le changement climatique menace leurs styles de vie. Pour les Bangladeshi, le changement climatique menace leurs vies elles-mêmes.

L'impact se fait désormais sentir. Les mangroves meurent parce que le niveau de la mer augmente et que l'eau salée les empoisonne. Les gens sont déplacés à cause de la montée des eaux, due en partie à la fonte spectaculaire des couvertures glaciaires de l'Arctique, elle-même causée par le changement climatique.

Même si le Protocole de Kyoto était immédiatement appliqué dans son intégralité ou même si pas un seul gramme de CO2 n'était émis où que ce soit dans le monde, notre planète est déjà abîmée et son climat est altéré.

Au Bengladesh, le futur est là : nous avons des réfugiés pour cause environnementale, parce que notre pays est exceptionnellement vulnérable au changement climatique. Quelques 70% du pays consistent en plaines inondables et la plus grande partie se trouve à moins de 6 mètres au-dessus du niveau de la mer. Si les températures mondiales augmentent en moyenne de 1%, nous perdrons environ 10% de notre terre. C'est un problème énorme pour le Bengladesh.

inondations au Bengladesh (7 juillet 2003)

Etant donné que ce pays est un immense delta, avec le Gange et le Brahmapoutre qui se jettent dans la Baie du Bengale, le Bengladesh a toujours dû vivre avec des inondations très étendues. Notre peuple a développé des stratégies de débrouillardise pour y faire face. Normalement, nous pouvons y arriver. Mais avec le changement climatique, les inondations temporaires auxquelles nous assistons pendant la saison des pluies deviennent permanentes.

Ce problème ne serait peut-être pas si grave si le Bengladesh n'était pas si densément peuplé. Pourtant, environ 150 millions de personnes occupent une surface de 144.000 km², soit plus du double de la population britannique sur un espace d'à peu près la moitié. Le changement climatique finira par menacer 30 à 40 millions de vies au Bengladesh. Lorsque les habitations et les cultures de ces gens seront inondées à jamais, où iront-ils ? Que feront-ils ? Que mangeront-ils ? L'eau douce potable viendra même à manquer.

Le changement climatique affecte sévèrement tous les aspects de nos vies. Bien que nous ayons bénéficié d'une forte croissance économique de 5 à 6% ces dernières années et que nous soyons devenus plus autosuffisants, ce progrès est menacé par la dégradation environnementale causée par les autres.

Des vies au Bengladesh seront dévastées alors que les gens n'auront commis aucunes fautes. Le changement climatique qui tue notre peuple n'est pas causé par nous. En moyenne, un Bangladeshi produit 0,3 tonnes de CO2 par an ; les citoyens de la nation la plus polluante du monde, les Etats-Unis, produisent en moyenne 20 tonnes de CO2 chaque année. En même temps que nous appelons tous les pays riches du monde à réduire leurs émissions et à s'attaquer dès maintenant à ce défi, nous savons donc aussi qu'une certaine quantité de dommages irréversibles nous attend.

Pour cette raison, ceux qui nous aident à nous développer doivent nous aider dans la réimplantation et la réadaptation de millions de nos citoyens. Je le répète : leurs vies sont touchées, alors qu'ils n'y sont pour rien, à cause des actions d'autres personnes à des milliers de kilomètres de là. C'est vers eux et leurs gouvernements que nous nous tournons pour être aidés. Nous devons voir les choses au-delà de Kyoto.

Nous espérons que les nations les plus pollueuses d'aujourd'hui, de même que les économies émergentes qui pourraient être les plus gros pollueurs de demain, écouteront les avertissements lancés par l'ancien vice-président Al Gore dans son film, An Inconvenient Truth [Une vérité qui Dérange], et par Sir David King, le conseiller scientifique en chef du Gouvernement britannique, qui a déclaré que le changement climatique était "le problème le plus grave auquel nous sommes confrontés aujourd'hui".

Dans certaines parties du monde, c'est même désormais une question de vie ou mort.


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