Affrontements entre Palestiniens

Publié le par MRAP Moselle

Un article de Amira HASS, journaliste du quotidien israélien HAARETZ. Paru, le 4 octobre 2006 sous le titre original "Not an internal Palestinian matter"

Ce n'est pas un problème interne aux Palestiniens
   L
'expérimentation a été un succès : Les Palestiniens se tuent entre eux. Ils se comportent comme il était prévu à la fin de l'expérimentation étendue appelée "ce qui arrive lorsque vous emprisonnez, comme une batterie de volailles, 1,3 millions d'êtres humains dans un espace clos".

Voici les étapes de cette expérimentation : Emprisonnez (depuis 1991) ; Supprimez les moyens d'existence habituels des prisonniers ; Fermez les débouchés vers le monde extérieur, presque hermétiquement ; Détruisez le gagne-pain existant en empêchant l'entrée de matières premières et la vente des biens et des productions ; Empêchez l'entrée régulière des médicaments et des fournitures hospitalières ; Ne faites pas entrer de produits frais pendant des semaines ; Empêchez pendant des années l'entrée des parents, des professionnels, des amis et autres ; Et, faites en sorte que des milliers de personnes - les malades, les chefs de familles, les professionnels, les enfants - restent coincées aux portes fermées du seul passage d'entrée et de sortie de la Bande de Gaza.

Volez des centaines de millions de dollars (droits de douanes et taxes collectés par Israël qui appartiennent au Trésor palestinien), afin d'obliger à ne pas payer, pendant des mois, les salaires déjà bas de la plupart des fonctionnaires ; Présentez les tirs des roquettes artisanales Kassam comme une menace stratégique qui ne peut être stoppée qu'en s'en prenant physiquement aux femmes, aux enfants et aux vieillards ; Tirez sur des zones résidentielles surpeuplées par voie aérienne et terrestre ; Détruisez les vergers, les bosquets et les champs.

Envoyez des avions pour effrayer la population avec des déflagrations sonores ; Détruisez la nouvelle centrale électrique et forcez les habitants de la Bande bouclée à vivre sans électricité pendant la plus grande partie de la journée, durant une période de quatre mois, qui deviendra probablement à une année entière - en d'autres termes, une année sans réfrigération, sans ventilateurs, sans télévision, sans lumière pour étudier et lire ; Forcez-les à se débrouiller sans un approvisionnement régulier en eau, qui dépend de la fourniture d'électricité.

C'est la bonne vieille expérimentation israélienne appelée "mettez-les dans une cocotte-minute et observez ce qui se passe", et c'est une des raisons pour laquelle ce n'est pas un problème intérieur palestinien.

Le succès de cette expérimentation peut se voir dans les miasmes du désespoir qui planent au-dessus de la Bande de Gaza et dans les querelles claniques qui explosent ici pratiquement tous les jours, encore plus que dans les batailles entre les militants du Fatah et du Hamas. La seule chose que l'on peut se demander est pourquoi ces querelles ne sont pas plus fréquentes et que certains liens de solidarité ont été maintenus, ce qui sauve les gens de la famine.

Par contraste aux querelles entre clans, les batailles du dimanche à Gaza et les campagnes de destruction et d'intimidation, surtout dans les villes de Cisjordanie, n'étaient pas le fruit d'une perte momentanée de contrôle. Elles sont généralement vues comme des batailles entre deux milices, chacune d'elle représentant la moitié de la population, mais elles ont été initiées par des groupes au sein du Fatah pour enfoncer plus de clous dans le cercueil de la direction [palestinienne] élue.

Les forces de sécurité de l'Autorité Palestinienne - en d'autres termes, du Fatah, ou encore en d'autres termes, celles dont Mahmoud Abbas à la charge - se cachent derrière la détresse sincère et les protestations des employés publics qui n'ont pas reçu leurs salaires. Et elles le font malgré le fait que tout le monde sait que l'échec à payer les salaires n'est pas une faute de gestion, mais est avant tout due à la politique israélienne. Ces forces ont été envoyées afin de semer une anarchie organisée, comme cela était enseigné à l'école de Yasser Arafat.

Et pourquoi est-ce aussi un problème israélien ? Parce que ceux qui ont envoyé ces militants ont un intérêt commun avec Israël à revenir à une situation dans laquelle le leadership palestinien collabore en ayant l'air de tenir des pourparlers de paix, tandis qu'Israël continue son occupation et que la communauté internationale paye le prix du silence pour les salaires du secteur public palestinien.

Et il y a une autre raison pour laquelle ceci est surtout un problème israélien : Quelle que soit l'issue, la querelle palestinienne et le risque d'une guerre civile affectent directement environ 20% des citoyens israéliens : les Arabes. Ils affectent les Arabes et aussi des segments du public israélien qui n'a pas oublié qu'Israël restera la force d'occupation et de domination sur les Palestiniens tant que l'objectif d'établir un Etat palestinien sur tous les territoires occupés en 1967 n'est pas réalisé.


voir site du quotidien israélien HAARETZ

Publié dans Proche et Moyen-Orient

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