Zoos humains : comment se construit le racisme ?

Publié le par MRAP Fédération de Moselle

Organisateur : La Pirogue et le Théâtre Universitaire de Metz
Lieu : île du Saulcy à Metz
Date : Jeudi 11 mai 2006 de 12h à 14h et de 16h à 18h

    Dans le cadre du Festival Actor's Café du 13 au 20 mai 2006, l'association d'anthropologie "La Pirogue" et le Théâtre Universitaire de Metz vous invite à venir assister aux deux performances de la journée, de 12h à 14h et de 16h à 18h sur le thème "Un zoo humain contre le racisme".

Ce projet s'inspire en grande partie d'un travail de recherche mené par une équipe d'anthropologues français . Il s'agit de voir le racisme non pas comme un problème lié à la nature de l'humain, mais comme un long processus de différenciation et de catégorisation de l'Autre en vue, sinon de sa domination en tant qu'être inférieur échappant donc au principe d'égalité, du contrôle de son territoire.

Le but de ce projet est de réfléchir et de faire réfléchir aux causes et aux conséquences du racisme. La période que nous traversons rappelle l'urgence à déconstruire le racisme, à le démonter pièce par pièce afin de le comprendre et de comprendre, ainsi, qu'il n'a pas de raison d'exister, qu'il est issu d'un passé peu glorieux que nos aînés ont refoulé de leur mémoire collective et qui, malgré tout, s'exprime au quotidien sous ses aspects les plus vils, en secret, montrant ce qu'on ne veut pas voir et le potentiel de barbarie que notre civilisation contient.

L'idée est donc d'affirmer le « zoo humain », de le rendre à nouveau visible dans une contre-démarche, celle d'une dénonciation. Il s'agit de recréer un « zoo humain », une cage à l'intérieur de laquelle des humains seront observés, moqués par d'autres humains en même temps qu'ils éveilleront l'interrogation ou qu'il feront naître la différence et la distance : une cage donc comme élément central et visible, une cage qui crée de la différence.

Les « zoos humains », symboles oubliés de l'époque coloniale, ont été totalement refoulés de notre mémoire collective. Ces exhibitions de l'exotique ont pourtant été, en Occident, une étape majeure du passage progressif d'un racisme scientifique à un racisme populaire. Depuis l'exhibition en Europe de la Vénus hottentote au début du XIXe siècle, elles ont touché des millions de spectateurs, de Paris à Hambourg, de Londres à New York, de Moscou à Porto. Dans ces exhibitions « anthropozoologiques », des individus « exotiques » mêlés à des bêtes sauvages étaient mis en scène derrière des grilles ou des enclos. Mesurés par les savants, exploités dans les cabarets, utilisés dans les expositions officielles, ces hommes, ces femmes et ces enfants venus des colonies devenaient les figurants d'un imaginaire et d'une histoire qui n'étaient pas les leurs.

Le « zoo humain » colonial a, selon Gilles Manceron , une fonction pédagogique qui a pu permettre de contourner l'idéal du modèle républicain fondé sur l'égalité entre les citoyens. Il agit comme un créateur de différence en instituant, au côté d'autres formes de pédagogie publiques ou privées, une échelle des « races ». En ce sens, le « zoo humain » permet d'éduquer les occidentaux à l'idée de leur supériorité face à d'autres « races ». C'est là, une perspective qu'il s'agit de renverser ; en utilisant le « zoo humain » comme le support d'une pédagogie inverse. « Comme les imaginaires perdurent si on ne les déconstruit pas, souligne G. Manceron, la République actuelle, faute d'un retour critique sur l'une de ses idées fondatrices, n'en est pas encore guérie. »

Il s'agit donc d'affirmer la différence, pour tenter de la rendre cohérente, dans les faits, avec l'idée même de l'égalité. Si jadis, nos ancêtres n'ont pas hésité à opérer une pirouette politique et idéologique pour défendre l'expansion des activités économiques de notre pays, nous avons, aujourd'hui, un devoir à l'égard des peuples qui le composent et qui revendiquent encore, pour certains, le droit à cette même égalité. Le but de ce projet est donc de conjoindre la réflexion et l'action, d'une part en créant, au centre du campus de l'île du Saulcy, une grande cage contenant des comédiens et, d'autre part, en communiquant sur ce que furent les exhibitions coloniales, afin de permettre à un public large et non spécialiste d'accéder à des informations et à des connaissances qui manquent encore de visibilité.


Publié dans Discrimination

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