Peltier : l'espoir après 32 ans de prison

Publié le par Le Blog du MRAP Fédération de Moselle


Léonard Peltier va vivre intensément l’élection américaine. Car sous administration américaine, il n’y a aucune chance que le cas de cet indien sioux, incarcéré depuis 1976 pour le meurtre de deux agents du FBI, soit réexaminé.

Un article de Richard Sourgnes paru dans le "Républicain Lorrain" du 02.11.08


 « Je suis désolé de ne pas être avec vous aujourd’hui. » Ainsi commence la lettre d’espérance que Léonard Peltier a envoyé à ses amis et soutiens le 11 octobre dernier, comme chaque année journée internationale de solidarité avec les Indiens d’Amérique. Le même jour, sa nièce Kari-Ann Cowan Peltier, membre du LPDC (Leonard Peltier Defense Comittee) était à Paris pour donner de ses nouvelles. Il semble qu’un peu partout, les réseaux de défense de ce Sioux emprisonné depuis février 1996 reprennent du poil de la bête, dans la perspective de voir une autre administration parvenir au pouvoir aux Etats-unis.

Ce n’est pas que Barack Obama ait fait quelque annonce que ce soit. Mais George W. Bush n’est pas un ami des minorités indiennes. Depuis huit ans qu’il est à la présidence des Etats-unis, il s’est totalement désintéressé du cas Peltier - alors que Bill Clinton, avant lui avait fait des promesses, même s’il ne les a pas tenues. Et si McCain lui succède, on suppose que celui-ci continuera sur la même voie.


Leonard Peltier a 64 ans. Il souffre d’arthrite, de diabète, de problèmes cardiaques. Malgré cela il est trimballé d’une prison à l’autre. Qu’a-t-il fait, pour subir pareil traitement? Selon les autorités américaines, en 1975 il aurait tué deux agents du F8I, Ronald William et Jack Cooler, à Oglala (Dakota du Sud). Il a pour cela été jugé et condamné à une double perpétuité. Le problème est que la mort de William et Cooler est survenue dans des circonstances particulières, elle a résulté d'une fusillade générale lors de laquelle Peltier reconnaît avoir tiré, mais pas en direction des deux hommes du FBI.


“Peltier est accusé sans preuves” soutiennent ses défenseurs. Leur conviction est que tout a été fait pour '' criminaliser'' quelqu'un qui, en réalité paie son militantisme en faveur de la cause indienne aux Etats-unis. Dans cette optique, il est le “Nelson Mandela des Indiens”, “le plus ancien prisonnier politique au monde”.


Leonard Peltier militait à l’American Indian Movement. Il s'est fait connaître en organisant diverses manifestations, comme en 1972 la Marche des traités violés, qui déboucha sur l'occupation du bureau des affaires indiennes à Washington. Dès lors, il est dans le collimateur du FBI. En novembre de la même année, il est accusé d'agression contre des agents fédéraux, mais acquitté. L'agitation indienne culmine quelques mois plus tard : en février 1973, des activistes de l’AIM, dont Peltier, occupent trois mois durant le village historique de Wounded Knee. La répression s’abat, confiée aux Goon squaws, milices crées par Dick Wilson, un Indien « collabo »: 80 militants sont assassinés en 1974 et 75. Survient alors en juin 1975,  l’affaire d’Oglala, village où Peltier est hébergé chez des amis. La propriété est encerclée par des Goon, des agents du FBI et des policiers. L’intrusion des agents William et Cooler déclenche une fusillade, à l’issue de laquelle ceux-ci sont retrouvés morts. Des mandats d’arrêt sont lancés contre quatre meneurs indiens dont Leonard Peltier, mais celui-ci s’enfuit au Canada. On en arrête deux autres, Butler et Robideau, Ils sont jugés, mais acquittés faute de preuves, Les autorités US concentrent alors leur hargne sur Peltier, désormais seul accusé du double meurtre. Il est extradé du Canada et jugé à Fargo (Dakota du Nord) où il écope d’une double peine de prison à vie. Il y aura un appel et un autre procès, où le rapport balistique sera jugé “suspect”, mais qui confirmera la sentence.


Depuis, plusieurs demandes de libération ont été déposées. Lors de l’examen d’une d‘entre elles, en 1995, le procureur a admis qu’aucune preuve n’existe contre Leonard Peltier. L’opinion internationale s’est mobilisée, de grands noms - Mandela, Desmond Tutu, le dalaï lama, le Nobel de la paix Rigoberta Menchu - ont réclamé sa remise en liberté.


En Lorraine aussi, des gens manifestent leur solidarité, ainsi l'association Troubadours oubliés et le MRAP ont en 2003 projeté à Marly “Incident à Oglala”, le documentaire réalisé par Michael Apted. En 2006 à Nancy, les artistes Emmanuelle Tonnerieux et Christine Aimé ont dressé un tipi à la Pépinière pour la tenue de trois Nuits Peltier. Le black-out instauré par l'administration Bush n'a pas réussi à imposer 1e si1ence. En janvier 2009, Troubadours oubliés compte organiser une expo-photo sur les Indiens du Dakota, à l'hôtel de Metz. Pendant ce temps, les avocats du prisonnier ont continué leur combat.


En mars dernier, ils ont demandé que soient déclassifiés les 11000 pages de documents détenus par le FBI sur l'enquête consécutive à la fusillade d'Oglala. Et comme en 1993, le bureau fédéral des libérations avait rejeté pour les quinze années à venir tout examen du cas Peltier, il va être possible de faire rouvrir le dossier, possible que Leonard comparaisse à nouveau !


09.11.2008


Publié dans Revue de Presse

Commenter cet article