Benazir BHUTTO, "la femme à abattre"

Publié le par Le Blog du MRAP Fédération de Moselle


Elle avait rendez-vous avec la mort. L'assassinat de l'ancien Premier ministre BENAZIR BHUTTO  était écrit dans les lignes de son programme politique réformiste et inacceptable pour les puissants du Pakistan. Un article de Ghassan Charbel du quotidien panarabe Al-Hayat, publié sur le site de Courrier International 27.12.2007.I


   Il n'est pas étonnant que Benazir Bhutto ait été assassinée. Ce qui aurait été étonnant, c'est qu'elle reste en vie. Elle se savait traquée par un kamikaze. Elle savait qu'on guettait une occasion pour exécuter la sentence de mort prononcée à son encontre. Dès son arrivée à l'aéroport, au moment de son retour d'exil, le 18 octobre dernier, elle pouvait craindre d'être accueillie par son assassin. 
 

Il lui avait laissé quelques heures de répit, jusqu'à ce qu'elle rencontre la foule à Karachi. En essayant d'abattre sa proie au milieu d'un défilé populaire, il a provoqué une marée de sang (139 morts ) mais a échoué devant le blindage de son véhicule. Or ce rendez-vous avec la mort n'a été que repoussé.

Elle aurait difficilement pu rester en vie jusqu'aux élections législatives du 8 janvier prochain. Elle aurait difficilement pu poursuivre son chemin pour franchir le seuil du Parlement ou celui du palais du Premier ministre. Cette femme était une trop grande figure pour que ses adversaires puissent la supporter. Son programme était suicidaire. Elle demandait aux généraux de retourner dans leurs casernes alors qu'ils avaient pris goût à fréquenter les sphères du pouvoir.

 
a-bhutto.jpgElle demandait le respect de la Constitution alors que les dirigeants du pays avaient pris l'habitude de s'asseoir dessus. Elle demandait que les partis n'aient plus de milices armées, que les chefferies régionales soient démantelées et que les "usines à fanatisme" que sont les écoles religieuses des talibans soient fermées. Finalement, elle voulait la réconciliation entre le patrimoine islamique du pays et les valeurs de modération, de démocratie et de progrès. Oui, il était suicidaire d'avoir un tel programme.

L'année 2007 s'est soldée par un cadavre d'exception. Pour 2008, le monde devra attacher sa ceinture. Elle s'ouvre sur la peur de voir le pouvoir pakistanais péricliter et le pays être entraîné dans un scénario à l'afghane ou à l'irakienne.  

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