Gollnisch, négationniste de la seconde génération ?

Publié le par Le Blog du MRAP Fédération de Moselle


Un article paru sur le site Libélyon.fr  06.12.2007 

 

   Poursuivi mercredi devant la cour d'appel de Lyon, Bruno Gollnisch n'en démort pas. S'il est poursuivi depuis trois ans pour contestation de l'existence de crimes contre l'Humanité, c'est la faute de journalistes «médiocres» ou «malveillants», d'une procédure «déloyale», et de la loi Gayssot, liberticide. Il comparaissait mercredi après une condamnation en première instance à trois mois de prison avec sursis, 5.000 euros d'amendes et 55.000 euros au total de dommages et intérêts. Et le ministère public a demandé la confirmation de ces sanctions, au terme d'une pleine journée d'audience qui a permis de mieux comprendre ce qu'un avocat des parties civiles nomme le «négationnisme de seconde génération»...

 

1-gollnisch.jpgLe 10 octobre 2004, au cours d'une conférence de presse, Bruno Gollnisch avait été interrogé au sujet de l'existence des chambres à gaz. Des «provocations», selon lui. Il y avait pourtant répondu, et en prévenant que sa réponse lui vaudrait peut-être de perdre sa chaire ou de faire de la prison. Ce qui permet selon le tribunal correctionnel de Lyon d'établir l'élément intentionnel de l'infraction.  Gollnisch n'avait pas remis en cause l'existence des chambre à gaz. Mais ses propos étaient pleins de circonvolutions, d'insinuations. Il  laissait entendre qu'il fallait laisser les historiens «hétérodoxes» discuter de tout cela, et s'était montré ambigu sur le nombre de morts. L'élu a constamment «joué avec la limite de la loi Gayssot», estime Michel Girard, représentant du  ministère public pour qui le jugement de première instance propose une «analyse au scalpel» des propos de Gollnisch.

 

Le tribunal correctionnel estimait en motivant sa condamnation que l'élu avait «choisi la voie de l'insinuation en fonctionnant de façon subtile et biaisée». Il avait pratiqué la contestation de crimes contre l'Humanité non de façon grossière, mais «en instillant le doute, ce poison de l'esprit». Avec Bruno Gollnisch, ajoutait le tribunal, c'est «plus lisse, plus feutré».

 

Le prévenu conteste une partie des propos qui lui sont prêtés. D'après lui, les journalistes ont joué dans cette affaire «le rôle de provocateurs et de dénonciateurs». Certains auraient été «malveillants» et auraient voulu lui «prêter des propos» pour lui nuire. D'autres se seraient montrés «médiocres», et d'autres suivistes, sous la contrainte de leurs rédactions. Mentant sciemment à la cour, Bruno Gollnisch a alors affirmé qu'un jeune journaliste du Figaro avait été viré du quotidien parce qu'il ne l'avait «pas mis en cause». Puis il a ajouté qu'une journaliste de l'Agence France presse avait été obligée de revenir sur l'affaire «car si elle ne l'avait pas fait, cela lui aurait coûté sa carrière».

 

Reste le fond, ce «poison de l'esprit» que Bruno Gollnisch instillerait selon les magistrats. Pour Gérard Boulanger, avocat de SOS Racisme, Bruno Gollnisch fait partie de ces négationnistes de la seconde génération, qui ne évitent de s'exposer frontalement mais procède par insinuations successives, pour mener sans se faire prendre une «entreprise de dénigrement volontaire». Cruel, l'avocat suggère que, ce 10 octobre 2004, Gollnisch a peut-être «voulu faire comme papa, Le Pen et ses ambiguités de rentrées politiques. Mais il est allé trop loin, il a dérapé. L'autre est peut-être plus fin».

 

1-concentration.jpgPas sûr que les circonvolutions de Bruno Gollnisch à la barre auront convaincu la cour. Comme en première instance, les juges ont tiqué sur l'expression utilisée par Gollnisch pour parler du nombre de morts de la Shoah: «des centaines de milliers, voire des millions, mais quand bien même il n'y en aurait eu qu'un, ce serait un crime contre l'Humanité».  Les magistrats lui ont demandé si cette façon de jouer sur les échelles n'était pas une façon de relativiser un crime produit «à une échelle industrielle». De même, le président s'est étonné de cette réponse de Gollnisch, à un journaliste qui lui demandait s'il reconnaissait l'existence des chambres à gaz: «Dans quel camp ?», avait-il rétorqué. «Cela ne me serait jamais venu à l'esprit, tant les chambres à gaz sont consubstancielles de ce crime contre l'Humanité», relève le président.

 

Régulièrement, dans ses réponses aux questions de la cour, Bruno Gollnisch partait dans de longues digressions au sujet de la loi Gayssot, qu'il «conteste». Ce qui a fini par agacer le président: «En qualité de juge, j'affirme qu'il y a une loi et que je veux appliquer cette loi. C'est mon seul objectif, ma seule mission. Et les considérations politiques sur cette loi, je m'en...»

Le jugement a été mis en délibéré. L'arrêt doit être rendu le 28 février.

 

07.12.2007


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