Controverse sur l'utilisation du mot "rafle" par des associations

Publié le par Le Blog du MRAP Fédération de Moselle

Un article de Laetitia Van Eeckhout paru dans le Monde 13.10.2007


   "Halte aux arrestations inhumaines et tentatives brutales de renvoi (...) de tous les sans-papiers, traqués, raflés à travers la France !", écrivait le MRAP le 22 août. "Une rafle comme on en voit plusieurs fois par semaine à Paris depuis le mois d'août (2006)", dénonçait le Réseau éducation sans frontières le 30 janvier après l'interpellation d'étrangers en situation irrégulière devant les Restos du coeur à Paris. 


rafles-police.jpgDes associations de soutien aux sans-papiers n'hésitent plus à utiliser le mot "rafle" pour dénoncer les opérations policières dans les quartiers à forte concentration étrangère, à la sortie des métros, sur les lieux de rendez-vous ou bars fréquentés par des immigrés. La polémique naît de la polysémie du mot "rafle", dont le Petit Robert donne une double définition moderne : "Arrestation massive opérée à l'improviste par la police dans un lieu suspect" mais aussi "arrestation massive de civils préalablement réunis afin de les interner, de les déporter", avec pour exemple "la rafle du Vel'd'Hiv'" de 1942. 

Désignation d'individus indésirables, convocations-pièges dans les préfectures, interpellations à domicile : pour l'anthropologue Emmanuel Terray, il n'y a certes pas déportation vers les camps de la mort comme en 1942, mais "si l'on regarde l'attitude de la police française, les similitudes apparaissent." "C'est par une sorte de pudeur ou de scrupule incompréhensible que ce terme n'est pas utilisé", estime M. Terray. 


S'ils affirment utiliser "sciemment" le mot, la plupart des associations et comités de soutien aux sans-papiers se défendent de tout parallèle avec les finalités politiques des années 1940. "Il faut raison garder et ne pas abuser des parallèles historiques, reconnaît Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l'homme. Ce n'est pas parce que l'on constate qu'il y a bien une tendance à voir se multiplier ce genre d'opérations que nous sommes dans les mêmes conjonctures historiques. Mais il y a un moment où il faut nommer les choses pour ce qu'elles sont." 


Pour l'historien spécialiste du fascisme, Pierre Milza, "il n'est pas abusif de parler de rafle", mais il reste difficile de s'abstraire de la charge symbolique du mot. "Pendant l'entre-deux-guerres, et même avant, ce mot faisait partie du langage courant. Il était même très fréquent dans le milieu policier : "On va faire une rafle à Pigalle", lançaient sans ambages les flics lorsqu'ils partaient pincer des prostitués et des proxénètes. Mais la rafle du Vel'd'Hiv'a condamné le mot. (...) Il ne peut être aujourd'hui utilisé qu'avec beaucoup de parcimonie." 


Le député Etienne Pinte (UMP, Yvelines) ne s'est jamais privé de dénoncer ouvertement la "déshumanisation" du traitement des migrants, allant jusqu'à parler de "chasse à l'homme". Mais pour lui, le mot rafle relève de l'interdit. "Pendant la guerre nous étions dans un contexte de délation, de Shoah. Cela n'avait rien à voir, insiste-t-il, avec la chasse à l'homme à laquelle on assiste aujourd'hui pour que les préfets puissent remplir leurs quotas" d'expulsions.



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