Sénégal : une pub télé contre l'émigration clandestine

Publié le par Le Blog du MRAP Fédération de Moselle


Un article de Sadibou MARONE paru dans LE SOLEIL, quotidien sénégalais

   Une pub télé contre l'émigration clandestine. Les autorités espagnoles et sénégalaises ont lancé une campagne publicitaire afin de convaincre les candidats au départ de renoncer à leur projet. Les avis sont partagés, relève Le Soleil, de Dakar.

 
La campagne a mis peu de temps pour s'imposer dans les programmes télé et les colonnes de certains journaux sénégalais. A la télé, ça s'invite de force dans les salons, aux heures de grande écoute. A l'instar des autres chaînes privées, la Radiodiffusion télévision sénégalaise (RTS), la chaîne publique de télé, est en plein dans le tempo. Juste avant et juste après la diffusion du Journal télévisé de 20 heures, le spot est diffusé.
Il peut s'agir d'une mère de famille, d'un footballeur ou d'un père de famille. Trente à quarante secondes pour délivrer un message dissuasif contre l'émigration clandestine.
Sur un fond de fine musique, la femme d'âge mûr raconte son état d'esprit du moment, caractérisé par la perte de son fils, dont elle n'a pas eu de nouvelles depuis quelques mois. "Il était mon fils unique, mon espoir et mon principal soutien. Je l'ai définitivement perdu, parce qu'il a tenté de rejoindre l'Europe par la mer", explique sa mère.

a-b--teau-arriasonn--.jpg Boubacar, le footballeur, n'a reçu qu'un message qui lui donne des nouvelles de plusieurs membres de son équipe : "Ils sont tous morts en mer." Triste, tout cela. Et il fallait, certainement aux yeux des concepteurs, un personnage consensuel, symbole d'une jeunesse qui a réussi d'abord et avant tout chez elle, pour résumer toute la sensibilisation et porter le plaidoyer. Il s'agit de Youssou N'Dour, chanteur sénégalais de dimension internationale. Assis dans une pirogue, Youssou N'Dour demande aux jeunes de ne jamais risquer leur vie pour rien. "Car vous êtes le futur de l'Afrique", lance-t-il, dans le spot. Les radios privées et publiques s'y mettent, en même temps que les journaux, dont une page entière est consacrée à cette publicité pour lutter contre l'émigration clandestine.

Derrière toute cette vaste campagne de sensibilisation qui a débuté au mois de juillet dernier, il y a bien entendu le gouvernement espagnol, dans le cadre d'une collaboration avec l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le Sénégal. L'objectif est naturellement de mettre en garde contre les dangers de l'émigration clandestine et dissuader les futurs clandestins sénégalais.

Aux yeux de la population, notamment les jeunes, le message ne semble pas faire mouche. "Je ne pense pas que ce message puisse être une alternative crédible, un fort élément qui peut dissuader les jeunes de ne pas partir", explique Samba Ndiaye, un Sénégalais, qui a deux fois tenté l'aventure en mer pour aller en Europe, mais dont "la pirogue finira toujours par être stoppée en pleine mer par les gardes-côtes marocains".

"Le meilleur moyen est de renforcer le dispositif sécuritaire. C'est parce qu'il y a eu beaucoup d'avions, des hélicoptères et des gardes-côtes dans tous les pays de la côte jusqu'en Espagne que les jeunes partent moins", ajoute, pour sa part, Mamadou Mané, jeune habitant à Ziguinchor, lui aussi candidat malheureux au voyage.

Une sensibilisation à renforcer, de l'avis du jeune député Aliou Sow, qui, analysant la semaine dernière le phénomène de l'émigration clandestine devant des officiels de l'Union européenne, estimait qu'"elle est surtout causée par le fait que l'Europe apparaît, aux yeux des jeunes qui tentent l'aventure, comme la porte de la fortune. Ce qui est loin d'être le cas."

Cette campagne permettra certainement de réduire davantage le nombre d'immigrés clandestins qui ont rejoint l'Espagne depuis le début de l'année, qui a chuté de 60 % par rapport à 2006. "Mais est-il possible de sensibiliser de jeunes Africains dont les modèles, pour la plupart, sont d'autres Africains en Europe, qui ont la possibilité de construire de grands bâtiments, d'acheter de belles voitures et… d'épouser de belles femmes ? "L'interrogation est de Samba Ndiaye, qui, paradoxalement, est en train de refaire sa vie dans une échoppe au marché Hlm à Dakar. Une manière d'oublier petit à petit la souffrance en mer…
 

> Voir le site du quotidien Le Soleil  

 

Publié dans Migrations

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