60e festival du film de Locarno

Publié le par Le Blog du MRAP Fédération de Moselle

Le 60° Festival du film de Locarno (Suisse) s’achève ce 11 août avec la nomination au Léopard d’Or du long métrage japonais « Ai No Yokan » (Pressentiment d'amour) de Masahiro Kobayash.

 

Plusieurs oeuvres ont été présentées dont en ouverture le documentaire-film d’animation "Chicago 10" de l’américain Brett Morgan. Un film qui parle d’évènements de 1968, mais dont le thème est très actuel au regard de la situation en Irak. Mêlant images d’archives et animation avec commentaires et extraits musicaux, le film revient sur la « Democratic Convention ». Dans un climat anti-Vietnam, ce rassemblement opposa, en 1968, les opposants à la guerre avec les forces de l’ordre. Huit protestataires présumés, et traduits en justice lors d’un procès douloureusement mémorable, suivi en direct par tous les téléspectateurs américains.Le film est financé par Participant Productions, une compagnie citoyenne à qui l’on doit déjà les films "Une vérité qui dérange" et "Fast food nation". 

Azzedine Mabrouki du quotidien algérien d’expression française « EL WATAN » en fait la critique dans l’édition du 11 août 07.

    Une guerre dans une terre étrangère déchire l’opinion américaine. La cote de popularité du Président est au plus bas. L’Amérique est divisée. Le pays a perdu ses repères moraux.

L’histoire se répète, car le film Chicago 10, présenté au Festival de Locarno, réalisé par Brett Morgan, ne parle pas de la période actuelle. II explore une période cruciale de l’histoire américaine : ce qui s’est passé en 1968 à la convention démocrate de Chicago. Des centaines de milliers de jeunes Américains s’étaient donné rendez-vous à Chicago pour protester contre l’agression américaine contre le peuple du Vietnam. Pendant plusieurs jours et plusieurs nuits, Chicago fut le théâtre sanglant entre les manifestants et la police de la ville. Celle-ci a interdit tout rassemblement contre la guerre au Vietnam et a mené une campagne de terreur contre les pacifistes. Cela a entraîné des émeutes. Cinquante millions de téléspectateurs américains ont assisté en direct aux affrontements.

chicago-10-grand.jpgLe gouvernement américain a vite trouvé les boucs émissaires de ces émeutes : les porte-paroles des mouvements contre la guerre et les a traînés devant le tribunal. Le procès de ces dix accusés (Chicago 10) se transforma en arène politique où s’affrontent les accusés et les représentants du pouvoir. Chicago 10 est un document exceptionnel sur le drame historique qu’a vécue l’Amérique en 1968. II a recours à des documents d’archives d’actualité pour montrer le courage et la détermination des opposants à la guerre face à un gouvernement (à l’époque de Lyndon Johnson) agressif et armé jusqu’aux dents.

 

Parmi les accusés, il y a le célèbre vice-président des Black-Panthers, Bobby Seale, attaché, bâillonné et menoté à sa chaise. II tente de s’exprimer haut et fort face au procureur ultra-raciste. Bobby Seale comme les autres dirigeants pacifistes sont montrés comme des Américains intrépides, charismatiques et souvent drôles quand ils se moquent de leurs accusateurs. Pour eux, ce qui s’est passé en ce mois d’août 1968 à Chicago, ce n’est pas une simple manifestation contre la guerre du Vietnam, une simple émeute. C’est le tournant de la décennie, c’est le commencement de la fin de la guerre du Vietnam.

 

« Une parabole d’espoir », dit Brett Morgan à propos de son film. Si peu d’Américains descendent aujourd’hui dans la rue pour s’opposer à l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak, cela ne signifie pas qu’ils sont d’accord avec Bush, loin de là. C’était le moment pour Brett Morgan de regarder en arrière l’histoire des événements de Chicago. II est évident que Chicago 10 va avoir beaucoup de répercussions lors de sa sortie en Amérique. Cette œuvre politique saisissante a une grande résonance aujourd’hui et cela va encourager les jeunes Américains à protester contre la présence de leurs soldats en Irak et ailleurs. Son producteur a dit au cinéaste : « Faisons un film qui parle aux enfants de l’Amérique aujourd’hui. » Pour avoir plus d’impact sur les jeunes spectateurs, Chicago 10 (appelé ainsi parce que si les accusés étaient en réalité au nombre de huit, il fallait aussi ajouter leurs deux avocats inculpés comme eux) est traversé par une formidable bande musicale très contemporaine : Rage Against the machine, Eminem, The Beastic Boys.

 


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